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Seloua Luste Boulbina : «Le Français de souche est une abstraction»

Avr
2012

Interview de Seloua Luste Boulbina, algérienne, agrégée de philosophie, directrice de programme au Collège international de philosophie et écrivain dans El Watan.

Qui en France pense que les habitants de Mayotte, département français, sont des Français de souche – de «vrais» Français ?

L’arabité, écrivez-vous, est un cache-misère. La francité aussi, non ?

Oui, comme l’européanité. Beaucoup en ont parlé pour célébrer la supériorité d’une civilisation sur les autres. L’européanité, c’est un fétiche.

Et l’identité nationale, dont les dirigeants français parlent tant ?

C’est parce que la France s’est construite sur la base d’une abstraction sur le plan humain que les intégrations successives ont posé problème. Je pense par exemple à l’intégration des juifs français au moment de la Révolution. Cette intégration-là est devenue le modèle de l’assimilation à la française. La France a adopté les positions de l’abbé Grégoire dans son essai sur La régénération physique, morale et politique des juifs (1788) : les juifs ne doivent pas parler leur langue, ni manifester physiquement leur existence, ni afficher leur religion. C’est l’impératif que la République, trois siècles après, prescrit aux étrangers qui veulent s’intégrer. Ce qui provoque tous les conflits et faux débats que l’on connaît, sans parler des contraintes et des mutilations que cette façon de concevoir l’intégration impose aux étrangers. La France reste extrêmement fermée, crispée sur quelque chose dont elle pense que c’est concret, alors que c’est abstrait. Le Français de souche est une abstraction, d’autant plus importante qu’elle n’inclut ni le Réunionnais, ni le Martiniquais, ni le Guadeloupéen, ni le Guyanais, ni le Maoré. [..]

Etes-vous à l’aise en Algérie ?

Totalement ! Ceux que je ne connais pas me prennent pour une roumia [« étrangère »] . Mais lorsqu’on commence à parler, même si je ne suis pas arabophone, la relation change et je me sens chez moi. En France, je ne me suis jamais sentie chez moi. [..]

El Watan

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