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Pourquoi la Chine joue au sauveur de la zone euro

Déc
2010

Le gouvernement chinois a confirmé jeudi qu’il pourrait acheter des obligations émises par les Etats en difficulté de la zone euro. Décryptage d’un geste plus politique que financier.

Er Lang Shen, héros mythologique chinois, grand chasseur de démons

Pékin, grand sauveur de la zone euro ? « Nous sommes prêts à aider les pays de la zone euro à surmonter la crise financière et à réussir leur reprise économique », a déclaré jeudi le ministère des Affaires étrangères. « A l’avenir, l’Europe sera un de nos principaux marchés pour investir nos réserves de change ».

Il faut dire que la Chine en a les moyens : ses réserves de change, qui s’élèvent à 2.648 milliards de dollars, sont les premières mondiales. Si elle place traditionnellement la majorité de son excédent en dollars, elle cherche de plus en plus à diversifier son portefeuille afin de s’assurer contre une chute du billet vert. 26% de ses réserves seraient ainsi déjà en euros, selon Bei Xu, économiste à Natixis.

L’annonce pourrait se traduire en acte dès le début de l’année prochaine, à en croire le quotidien lusitanien Jornal de Negocios. La Banque centrale Chinoise pourrait en effet acheter au cours du premier semestre 2011 entre 4 et 5 milliards d’euros de dette souveraine portugaise. Un sacré coup de main pour Lisbonne qui a prévu de lever 19 milliards d’euros au prochain semestre. Le prêt chinois permettrait de faire baisser les taux d’intérêt sur la dette et d’éviter le recours désagréable au fonds de secours européen.

Le rachat de dette portugaise par la Chine ne serait pas une première. « Les Chinois ont acheté un tout petit peu de dette grecque, de l’ordre de quelques centaines de millions d’euros, ça reste insignifiant, et quelques milliards de dette portugaise », selon Patrick Artus, chef économiste à la banque Natixis. De plus, la Chine aurait déjà acquis il y a deux mois des obligations publiques espagnoles pour une centaine de millions d’euros. Enfin, Pekin s’est engagé en octobre à acheter des obligations grecques dès qu’Athènes serait autorisée à retourner sur les marchés obligataires.

Une aide intéressée

Cette inclination à soutenir l’Europe est bien sûr stratégique.

D’abord, « la Chine a intérêt à la stabilité de le zone euro dans la mesure où elle souhaite maintenir un équilibre mondial multipolaire, où elle ne serait pas seule face aux Etats-Unis », explique Bei Xu.

Ensuite, l’UE est le deuxième partenaire commercial de la Chine, qui préférerait donc éviter que l’Union qui absorbe un cinquième de ses exportations ne sombre dans la récession.

Enfin, Pékin espère faire de la zone euro reconnaissante une alliée dans les diverses négociations internationales. La Chine serait par exemple « bien contente de pouvoir compter sur le soutien européen pour se défendre contre les demandes américaines concernant l’appréciation du yuan », affirme le blog The Source. Ce qui fait dire à Patrick Artus que « leur motivation semble politico-stratégique plutôt que financière ».

Les responsables européens assurent toutefois qu’aucune promesse n’a été faite en échange de leur appui, que ce soit la reconnaissance par l’Europe du statut d’économie de marché de la Chine ou la levée de l’embargo européen sur les ventes d’armes.

Reste à connaître la portée réelle du geste chinois. S’il représente un bol d’oxygène appréciable pour les pays en difficultés, tous les analystes ne sont pas convaincus de son utilité. Pour Ulrich Leuchtmann de Commerzbank, cité dans le Wall Street Journal, l’aide chinoise « ne remplace pas une solution de long terme à la crise de la dette européenne ». Pire, selon The Source, elle ne fait que « repousser l’échéance inévitable d’un éclatement de la zone euro » et « retarder l’adoption de mesures indispensables au bon fonctionnement du projet européen ».

Les marchés ne s’y sont pas trompés. Initialement dopé par l’annonce chinoise, l’euro repartait à la baisse face au dollar jeudi. Pour Michael Hewson, analyste chez CMC Markets, « il faudrait que la Chine investisse beaucoup plus que 5 milliards d’euros pour que cette opération ait un effet perceptible sur l’humeur morose des marchés » en Europe.

L’Expansion

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