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Quelques prévisions économiques, financières et monétaires

Déc
2010

A notre avis, le déclin accéléré de l’Occident – Union européenne (à l’exception de l’Allemagne et de quelques petits États), Grande Bretagne mais aussi USA – vis-à-vis des pays émergents (BRIC) se poursuivra en 2011. Tant aux plans de leur influence géopolitique (ils ne sont plus en mesure de contrôler la plupart des institutions internationales, leurs cultures ne sont plus dominantes et leur modèle de développement à l’heure de la mondialisation généralisée est devenu obsolète) qu’économique (étant de moins en moins compétitifs, ils accumulent des déficits croissants de commerce extérieur ce qui diminue le pouvoir d’achat de leurs consommateurs atteints, en outre, par un chômage de masse et la diminution des prestations sociales du fait du démantèlement de l’État-providence) que financière et monétaire.

Leurs dettes étatiques et privées, déjà à leur plus haut niveau historique, continuent de s’accroître de façon exponentielle sans que leurs programmes de monétisation – dits de Quantitative Easing – et la dévaluation compétitive de leurs monnaies apportent de solution à moyen et long termes puisqu’ils ne créent que des bulles artificielles des marchés d’actions ou d’autres actifs destinées à exploser, tout en repoussant à plus tard l’ajustement drastique auquel ils devront finir par se résoudre).

Quant à pratiquer au pire moment de vraies politiques de rigueur en Occident, pour autant que cela ne déclenche pas une révolte sociale et politique des populations, cela ne pourra qu’accroître sa récession (à l’exemple de la Grèce, de l’Irlande, de l’Espagne, du Portugal, etc.). On va vers une diminution globale de la croissance économique qui devrait progressivement se transformer en dépression.

De leur côté, les pays émergents ne sont pas encore en mesure de substituer rapidement la croissance de leur consommation intérieure à leur modèle économique basé sur l’exportation qui va s’épuiser du fait de la moindre consommation dans les pays occidentaux, d’autant que la richesse étant très inégalement répartie dans lesdits pays il n’y aura pas à court terme chez eux le “boom” de leur économie domestique que beaucoup d’analystes anticipent à tort.

Pour le moment, ce ne sont que quelques oligarques et une petite partie de leur population qui s’enrichissent vraiment et, même si les “masses populaires” -en particulier les paysans- commencent à sortir de l’extrême pauvreté, l’excellente situation patrimoniale des nantis des pays émergents ne compensera pas à l’échelle de l’économie mondiale l’appauvrissement des classes basses et moyennes occidentales.

Il y a lieu de se méfier de l’enthousiasme collectif mais excessif des gestionnaires occidentaux pour les marchés d’actions et d’obligations émergents qui sont à des niveaux d’évaluation extrême et devraient corriger à la baisse au fur et à mesure que la Chine et autres pays émergents remonteront leurs taux d’intérêt courts pour lutter contre leur inflation interne. Ce n’est que dans quelques années que les pays émergents domineront l’économie mondiale mais, entretemps. ils subiront une phase de ralentissement marqué de leur expansion qui a été trop rapide et trop inégale.

Cette dépression sera à terme hyper-inflationniste lorsque les énormes liquidités créées ex nihilo par les banques centrales occidentales, pour éviter artificiellement aux États de faire défaut sur leurs dettes souveraines devenues non remboursables et aux grandes banques commerciales, submergées par les pertes sur les actifs toxiques et sur les dettes étatiques qu’elles détiennent encore, de faire faillite, se dirigeront vers les économies réelles -comme cela commence à se produire dans les pays émergents-, puisque lesdites banques centrales ne seront pas avant longtemps en mesure de freiner cette création monétaire massive ni de remonter leurs taux d’intérêt à court terme dans un contexte récessionniste. Ce qui poussera les taux d’intérêt à moyen et long termes à des niveaux plus élevés et fera baisser les obligations, en particulier étatiques.

Les marchés d’actions occidentaux, encore soutenus par les taux d’intérêt courts à zéro, les injections permanentes de liquidités de la part des banques centrales occidentales et leurs achats directs de titres, en particulier aux USA, pour se substituer aux désengagements des investisseurs écrasés par leurs dettes, déjà sur-évalués par rapport à la réalité de la croissance économique globale qui diminuera, seront de plus en plus sous pression avec le risque d’un krach surtout si les taux d’intérêt à moyen et long termes continuent leur progression et que l’instabilité monétaire augmente. Puisqu’il n’est pas possible que les actions continuent de monter dans le vide, c’est-à-dire dans de très faibles volumes sur des marchés désertés par les investisseurs contraints de liquider leurs actions pour payer leurs dettes ou tout simplement pour vivre. Attention au vieillissement des populations qui provoquera la vente massive de leurs actifs en actions.

Le risque majeur à court terme concerne les marchés des monnaies. Tant que les USA jouiront du privilège d’émettre la monnaie de réserve et d’échange mondiale et que leurs déficits excessifs seront financés par les pays émergents, le dollar US montera par rapport aux monnaies les plus faibles comme l’euro. Mais il chutera par rapport aux monnaies les plus fortes comme le franc suisse et le yen japonais. L’instabilité monétaire mondiale continuera, d’autant que la Chine n’est pas prête à rendre son yuan librement convertible ni à le réévaluer fortement (ce qui d’ailleurs pourrait ne pas avoir les effets escomptés de stabilisation monétaire globale) et que l’euro ne pourra pas subsister longtemps dans sa forme actuelle parce que prenant place dans une zone monétaire non optimale.

Sauf si l’Union européenne se transformait rapidement en État fédéral pour tenter de remédier aux défauts structurels de la monnaie unique européenne, ce qui n’est pas possible puisque ses populations n’en veulent pas et qu’il faudrait revoir tous les traités existants, ou que l’Allemagne au risque de ruiner reprenne les dettes de la plupart des pays PIIGS ou du Club Med de la zone euro, ce qu’elle n’acceptera pas comme en témoigne son refus de laisser émettre des obligations souveraines européennes.

Sans compter que plus de la moitié des pays membres de la zone euro, n’étant plus compétitifs en raison de leurs déficits structurels de commerce extérieur, auront besoin de plus en plus de capitaux pour éviter le défaut de paiement et la faillite de leur système bancaire domestique.

On va donc vers un éclatement de la zone euro, c’est-à-dire vers la disparition de l’euro actuel et son remplacement par des monnaies nationales européennes ou bien par plusieurs euros, ce qui au niveau des marchés financiers reviendra au même, les moments sensibles se situant en juin 2011 quand plusieurs pays de la zone euro devront rembourser certains de leurs emprunts arrivant à échéance en procédant à de nouvelles émissions et en octobre 2011 quand Trichet en fin de mandat sera remplacé à la tête de la BCE. Tant que la question monétaire européenne ne sera pas réglée d’une façon ou d’une autre, l’euro chutera contre le franc suisse et le yen japonais, mais aussi le dollar US, même si les banques centrales suisse et japonaise interviennent périodiquement sur les marchés des changes à un coût exorbitant pour ralentir l’appréciation de leurs monnaies respectives.

Le dollar US étant devenu la monnaie commune des USA et de la Chine (qui détient l’essentiel de ses réserves de change en dollars US, importe et exporte dans cette même monnaie et non pas en yuans inconvertibles) et de la plupart des autres pays émergents, cette situation exceptionnelle devrait dorénavant l’immuniser à court et moyen termes contre toute baisse importante puisque ces pays ne peuvent prendre le risque de provoquer un effondrement du dollar US qui les ruinerait. C’est donc vers une dollarisation supplémentaire du monde que l’on va, illustrant la loi de Gresham (”La mauvaise monnaie chasse la bonne”), même si le dollar US est la plus mauvaise des monnaies, gagée sur le néant et produite constamment en excès selon les divagations keynésiennes des dirigeants de la Federal Reserve US. Il faudra attendre, soit l’émergence du yuan comme monnaie alternative au dollar US dans les échanges internationaux, soit la fuite généralisée des détenteurs de monnaies hors des monnaies fiduciaires de papier -dont la perte de pouvoir d’achat s’accélérera encore- en direction de l’or, pour que le dollar US entame sa grande chute.

Dans ce contexte général de stagflation (cumul d’une croissance économique en baisse, d’un chômage massif structurel et d’une inflation monétaire croissante) qui se transformera nécessairement en récession hyper-inflationniste si les pouvoirs publics ne laissent pas le “grand ajustement” se produire, parce que continuant de financer les dettes par la création monétaire gagée sur le néant ou par de nouveaux emprunts au lieu de laisser le processus de “destruction créatrice” s’opérer, il est évident que seuls les actifs réels (métaux précieux, matières premières, immobilier dans certains pays) permettront aux investisseurs de se protéger comme d’accroître leur capital. Puisque les actifs de papier (obligations, monnaies fiduciaires produites à l’infini, actions), après avoir atteint les uns après les autres des niveaux exagérés de surévaluation nominale, chuteront.

Cela c’est toujours passé ainsi dans l’histoire et il n’y a aucune raison que cela ne reproduise pas, même si les moyens modernes de manipulation permettent de gagner un peu plus de temps que par le passé. Il est difficile de prévoir le “timing” de l’éclatement de la grande crise systémique qui interviendra nécessairement, mais en l’absence de toute réforme effective du Système monétaire international dans le sens du double rétablissement d’un étalon monétaire solide (comme l’or) pour limiter et gager la création monétaire qui doit être enlevée aux pouvoirs publics comme des taux de changes fixes, permettant de rétablir une mondialisation équilibrée et de mettre un terme aux processus de spéculation et de financiarisation illimitées, il n’y a pas de faux espoirs à nourrir de règlement miraculeux de la crise. Toutes les formules du type recours aux DTS du FMI, qui ne constitueront jamais une vraie monnaie. ne seront que de nouveaux faux-semblants aggravant la situation monétaire, d’ailleurs les pays émergents n’en veulent plus.

Crise dont l’origine n’est ni le libéralisme, qui ne n’est plus en vigueur nulle part depuis longtemps, ni la supposée dérégulation financière, qui relève du fantasme collectif, mais l’incapacité des États et banques centrales à construire un Système monétaire international stable comme à organiser une mondialisation équilibrée permettant aux mécanismes du marché libre de produire leurs effets bénéfiques, alors que leur mode de pensée étatiste, dirigiste, socialiste et keynésien est totalement dépassé.

Si la Federal Reserve US n’avait pas baissé ses taux d’intérêt à court terme à zéro et favorisé les pratiques de titrisation pour mettre en place la bulle des actions et de l’immobilier supposée augmenter la croissance économique US, il n’y aurait jamais eu de krach boursier et d’effondrement des prix de cet immobilier aux USA. Si l’euro n’avait pas été créé pour soi-disant accélérer l’intégration politique de l’Europe supposée profitable à ses peuples qui n’en voulaient pas, les pays de la zone euro n’auraient jamais pu s’endetter à des niveaux exorbitants provoquant leur faillite actuelle et celle de leurs ressortissants puisque ils auraient dû rapidement être contraints à la dévaluation de leurs monnaies nationales et donc à cesser de pratiquer la fuite en avant. Sans compter que l’intervention massive des Etats et des banques centrales dans l’économie et les mécanismes monétaires ne profite qu’à quelques privilégiés qui peuvent en recevoir la manne et multiplier les prises de risques exagérées puisqu’ils savent qu’ils seront finalement secourus et conserveront leurs profits (exemple: les banquiers de Wall Street et ailleurs qui empruntent à taux zéro, spéculent à tout-va, ne prêtent plus aux acteurs économiques productifs et accumulent des gains ahurissants en raison des protections politiques qu’ils ont su se ménager, ce qui explique le fiasco de l’Administration Obama en matière de réforme du système bancaire US et de relance réelle de l’économie US, d’où sa défaite électorale récente).

A notre avis, le portefeuille-type -pour s’adapter à la situation à venir des marchés- devrait être constitué en francs suisses principalement et partiellement en dollars US, se composer d’achats d’or, d’argent-métal, d’autres métaux précieux et de matières premières (cuivre, pétrole) sous la forme la plus physique possible, mais aussi de positions shorts (à la baisse) sur les obligations des États les plus endettés, sur les marchés d’actions les plus sur-évalués, sur l’euro/franc suisse et l’euro/dollar sous la forme d’ETF, d’options ou de ventes à terme. Un tel portefeuille ne sera pas immédiatement rentable et pourra même être perdant à court terme, puisque sur certains instruments il va temporairement à contre-sens de certains marchés, mais sur une plus longue période de quelques mois il produira certainement des profits importants.

Forum Monétaire

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