Accusés d’antisémitisme, des punks « antiracistes » se rebellent

Mar
2012

(…) La diffusion du rapport 2011 de l’organisation de lutte contre l’antisémitisme CICAD, vendredi, n’a pas fait que des heureux du côté de l’Usine, Mecque de la culture alternative de la cité de Calvin.

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Extrait de l'image qui a fait bondir la CICAD. Cette scène est extraite du shooting réalisée dans le cadre de la conception de la pochette d'un album punk. Image: OliveDKS

En cause : la publication, sur la page de garde du document, ainsi qu’à l’intérieur, d’une image sur laquelle figure un punk déguisé en déporté, étoile jaune sur son habit rayé. Listée comme antisémite par la CICAD, l’image a été prise sur les lieux du shooting de la pochette d’un album réunissant plusieurs groupes.

Auteur de la photo mise en cause par la CICAD, «Olive», un photographe issu de la scène alternative genevoise, est très mécontent. Estimant que son travail a été récupéré de manière abusive par la CICAD, il a écrit à l’organisation pour demander des explications… et des excuses.

Il note que les personnes épinglées par la CICAD sont en fait des membres de groupes musicaux bien connus pour leur antiracisme, et que la personne déguisée en déporté est elle-même juive.

Et de préciser que sur la même photo se trouve un barman de l’Usine, un noir habillé pour l’occasion en gorille.

« La CICAD n’a pas relevé ce déguisement, un racisme est-il plus grave qu’un autre à ses yeux», demande-t-il en substance.

Il exclut de porter plainte envers le mouvement de lutte contre l’antisémitisme, comme certains le suggèrent sur le Web.

Pédophilie, cannibalisme et zoophilie au menu

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Car ce que la CICAD n’avait pas vu, lors de la rédaction de son rapport, c’est le résultat final de cette mise en scène. En vente depuis l’an dernier, l’album Genève Soif III, pour lequel le shooting a été effectué,

comporte en effet sur sa fourre une image où figurent aussi un enfant (un mannequin) qui tient le sexe d’un adulte ainsi qu’une scène cannibale.

Quant au fameux déporté, il est à quatre pattes, un porc se tenant derrière lui.

«A prendre au troisième, voire au quatrième degré», selon Albane Schlechten, permanente de l’Usine,

la mise en scène fait monter à son paroxysme l’incompréhension entre la CICAD et ses protagonistes. Antifascistes ou non.

Le secrétaire général de l’organisation, Johanne Gurfinkiel est d’ailleurs virulent: «Quel que puisse être l’objectif de ces gens, il n’a pas été atteinte. L’image est extrêmement choquante. D’autant plus que la mise en scène d’un rapport entre un juif et un porc n’est pas sans évoquer le motif antisémite médiéval de la «Judensau». Mais je ne suis pas moins choqué par les dimensions racistes, pédophiles ou cannibales de cette image.» (…)

Le Matin.ch