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Comment Wall Street a ensorcelé l'Amérique

Juil
2012

Non contente d’avoir bouleversé le monde de l’entreprise, la finance a profondément imprégné l’économie des familles et la conduite des États.

Une économie familiale 
à la Enron

Voilà une trentaine d’années maintenant que les financiers de Wall Street sont partis à la conquête de l’Amérique moyenne. En raison de l’évolution du système de retraites par capitalisation et de la diminution du coût des placements directs, la part des ménages investissant en Bourse est passée de 20 % à 50 % au début des années 2000. Pendant la même période, un mouvement de titrisation s’est emparé des économies familiales : des titres adossés à des crédits immobiliers et à la consommation, à des prêts étudiant et à des encours de carte de crédit ont été vendus à des investisseurs. La titrisation était un négoce des plus rentables pour les banques de Wall Street. À tel point qu’elles étaient prêtes à émettre des titres sur tout ce qui ce qui pouvait générer un flux de revenu, depuis les prix de loterie jusqu’aux indemnisations d’assurance.

La destinée économique des ménages dépendait désormais de manière croissante des cours boursiers. Les États-Unis étaient devenus une république de spéculateurs. En se levant chaque matin, ma sœur, institutrice de son état, commençait par préparer son café. Elle allumait ensuite son ordinateur pour consulter l’état de ses placements et voir si la valeur de son plan épargne retraite avait changé depuis la veille. Si le marché était à la hausse, elle s’autorisait à déjeuner au restaurant. S’il était à la baisse, ses enfants avaient intérêt à être sages comme des images.

Une nouvelle grille
 de lecture de la société

Le comportement de ma sœur illustre ce que les économistes appellent « l’effet-richesse » : les dépenses des ménages dépendent en partie des fluctuations des cours boursiers.

Mais la participation des ménages aux marchés financiers a eu un effet bien plus profond : la finance s’est imposée comme nouvelle grille de lecture de la société.

Dans l’après-guerre, il était fréquent pour un salarié de passer toute sa carrière dans une même entreprise. Peter Drucker écrivait que ces « carrières-maison » influaient profondément sur la manière dont les individus voyaient la société et envisageaient leur place en son sein. La hiérarchie et la production de masse de l’économie industrielle constituaient un modèle d’organisation qui façonnait aussi bien l’agriculture que la grande distribution ou la conduite de la guerre. Même la manière d’élever un enfant pouvait s’inspirer des chaînes de montage de Henry Ford, comme dans le film Cheaper by the Dozen (1950) qui narrait l’histoire d’une famille de douze enfants… Le déclin de l’emploi manufacturier et la fin des carrières-maison ont mis fin à cet état d’esprit.

Dans les sociétés industrielles du début du XXIe siècle, la finance a supplanté la production de masse pour devenir le modèle de référence. Alors qu’une majorité de ménages s’investissaient sur les marchés boursiers, que les informations financières s’affichaient en continu dans les médias, la métaphore de la capitalisation boursière s’est répandue comme une tâche d’huile, imprégnant de vastes pans de la vie sociale. Aujourd’hui, nous parlons sans même y prêter attention d’investir dans notre « capital humain » (naguère on disait « acquérir une bonne éducation ») ou dans notre « capital social » (autrefois on parlait de « se faire des relations »).

Considérer la famille, les amis, l’éducation et les maisons comme autant de capitaux à valoriser n’était pas anodin. Les conséquences de cet état de fait apparurent clairement lorsque les prix immobiliers commencèrent à chuter en 2007. La propriété immobilière avait été l’un des piliers du rêve américain pour des générations d’individus. Contracter un crédit faisait figure d’acte sacré. Mais avec la titrisation des crédits immobiliers, les maisons étaient en quelque sorte devenues des objets profanes : elles n’étaient ni plus ni moins que des actifs non liquides. Cette perception a été favorisée par des sites Internet comme Zillow.com. Ce site offrait une évaluation précise du prix de vente de tout ce que les États-Unis comptaient de maisons et permettaient aux internautes de retracer facilement l’évolution des prix au moyen de graphiques. Si la valeur d’une maison chutait en dessous de l’encours de la dette qui lui était attaché, n’était-il pas pertinent pour tout investisseur rationnel de cesser de payer les mensualités et d’aller voir ailleurs ? Après tout, si les PDG eux-mêmes ne vendaient pas leurs stock-options à perte, pourquoi les acheteurs de maisons devraient-ils se montrer plus sentimentaux ? Était-ce à eux de se soucier du sort d’écoliers norvégiens ? Dans la perspective d’un investisseur, il n’est pas rentable de trop s’attacher à sa maison, à ses amis ou même à son pays. Un bon investisseur diversifie ses placements et garde ses options ouvertes !

Quand les États se replient sur leur « cœur de métier »

De manière surprenante, les États ont riposté en suivant le chemin inauguré par Nike, Apple et d’autres entreprises postindustrielles. Nike est célèbre pour le design de ses chaussures et de ses vêtements. Mais l’entreprise est également connue pour son modèle économique, consistant à externaliser la fabrication et la distribution de ses produits, en ne gardant que des effectifs relativement modestes en son sein. En se focalisant ainsi sur leur « cœur de compétence » dans le domaine du design et du branding (management de la marque), la firme a amplement rétribué ses actionnaires. Apple est devenue l’entreprise à plus forte capitalisation boursière mondiale en adoptant un modèle identique.

Or, à quoi ressemblent les États de l’ère postindustrielle ? Eh bien ils sont financiarisés, attentifs à leur marque, focalisés sur leur cœur de compétence, experts en externalisation. Même leur attachement à un territoire n’est pas toujours acquis.


Placements financiers : Les Français aussi ?

Les ménages français ont-ils eux aussi cédé aux sirènes de la finance ? Au cours des années 2000, ils ont en tout cas nettement modifié leur comportement. D’un côté, la part des placements financiers a doublé entre 2000 et 2007, passant de 6 à 12 % du revenu disponible brut. Les placements financiers à risque sont ceux qui ont le plus progressé pendant la période. Mais plutôt que d’investir directement, les Français préfèrent s’en remettre à des professionnels. La forme de placement à risque privilégiée est celle des plans d’assurance-vie (40 % des placements financiers).

D’un autre côté, le taux d’endettement des ménages a considérablement progressé : dépassant à peine 50 % du revenu disponible brut en 2000, leur dette en représentait près de 80 % en 2010, liée notamment à la hausse des prix immobiliers.

Cela dit, les Français ont des comportements plus sages et plus constants que leurs voisins espagnols ou britanniques, beaucoup plus affectés par la crise financière de 2008.

Lire l’intégralité de l’article sur Sciences Humaines

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