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Mayotte / Sociologie : Les relations entre Mahorais et Wazungus (les Blancs)

Fév
2012

Faissoil Soilihi est un enfant de Pamandzi et de M’tsapéré, résidant aujourd’hui dans la commune de Dzaoudzi Labattoir. Agé de 30 ans, le jeune consultant en organisation, sociologue de formation et directeur de la société Imad (Institut mahorais d’aide à la décision) qu’il a créée en 2006, nous livre son analyse sur les rapports Mahorais-Wazungus.

Ayant spécialisé sa formation en sociologie politique et sociologie appliquée à la gestion locale, ce jeune Mahorais porte aujourd’hui un regard critique sur l’évolution de son île. Pour Faissoil Soilihi, les relations Mahorais-Wazungus reposent encore en partie sur des rapports de domination entre Blancs et Noirs, mais aussi entre Occidentaux et Mahorais, encore faut-il réussir à élucider l’identité mahoraise. Pour ce jeune sociologue, la solution qui permettrait aux Mahorais d’arrêter de se sentir dominés sur leur territoire est de parvenir très vite à se positionner en instrument de savoir, de vocation et de connaissances réelles sur le fonctionnement des institutions et des règles républicaines.

« Un Mzungu par essence, dans la culture swahilie, désigne un Européen, une personne d’obédience blanche, de culture occidentale, un sémite qui vient du fils de Noé, en opposition à un kemite qui est un Noir. […] Peut-être qu’il y a une difficulté sur la proximité culturelle, la proximité raciale. »

Mayotte Hebdo : La manifestation contre la vie chère a soulevé de nombreux maux, notamment elle montre clairement que l’équilibre sur le vivre ensemble entre le Mahorais et le Mzungu est très fragile sur ce territoire. Les Wazungus, plus particulièrement, ont été pris à partie lors des débordements qui ont eu lieu durant cette manifestation contre la vie chère. Les Mahorais dans l’ensemble contestent cette observation. Pour les locaux, c’est le Mzungu qui s’est senti menacé et a développé une psychosequi s’est ensuite généralisée sur l’ensemble de la communauté, allant jusqu’à pousser certains à quitter le territoire. En tant que sociologue, avez-vous pu développer une analyse sur ce sujet ?

Faissoil Soilihi : Il faut savoir qu’en situation de crise, il y a certaines vérités, certaines craintes qui se font jour. Des frustrations se révèlent, des frustrations qui sont codées par un certains nombres d’enjeux : enjeux sociaux, enjeux économiques, enjeux sur la capacité de détenir une certaine maîtrise du réseau administratif, mais aussi sur l’intégration socio-professionnelle. Donc il ne faut pas voir cela comme une situation de revanche des Mahorais vis-à-vis des Wazungus et encore, est-ce qu’on est capable d’identifier les Mahorais ? Est-ce qu’il y a une identité mahoraise réelle ? Y a-t-il des critères qui permettent d’identifier un Mahorais ? Des critères raciaux, des critères religieux, des critères physiques qui permettent d’identifier un Mahorais.

MH : Le Mahorais ne correspond pas pour vous à l’autochtone ?

FS : C’est qui l’autochtone ? Est-ce que c’est celui qui est né à Mayotte ? Est-ce que c’est celui qui a des parents Comoriens ou Malgaches qui sont venus s’installer à Mayotte il y a de cela 100 ans, 30 ans, voire 10 ans ? L’identité mahoraise n’a jamais été défendue. Il n’y a jamais eu de limites identitaires sur l’appartenance mahoraise. En Grande Comore par exemple, ce travail a été réalisé. Il y a une appartenance comorienne réelle. A Madagascar, dans les années 70, quand on a chassé les Comoriens, on les a identifiés selon leurs habitudes, leurs rituels d’initiation. Un Comorien par exemple célèbre le anda (grand mariage)… […]

MH : Vous parlez de capacité d’intégration des personnes originaires des îles voisines, lesquelles, au fil du temps, peuvent être considérées comme des Mahorais. Peut-il en être ainsi pour le Mzungu ?

FS : Peut-être qu’il y a une difficulté sur la proximité culturelle, la proximité raciale. La notion de race est une notion que l’histoire française, dans ses référentiels, a toujours refusé d’évoquer. Quand vous êtes Anglo-saxon, il est écrit sur votre passeport : white or black. Alors que quand vous êtes Français, lorsqu’on a besoin de vous décrire physiquement, on prend en compte la couleur de vos yeux, de vos cheveux, votre taille et ça s’arrête là. Le débat sur la notion de race a toujours été vu comme une façon de biologiser l’être humain selon les spécialistes et les savants des sciences humaines français. Ils considèrent qu’on ne peut pas parler de race pour l’humain, on peut au contraire le faire pour les animaux. Lors de mon mémoire de maîtrise centré sur l’identité mahoraise, je questionnais sur le problème de racisme en Métropole. Des auteurs tels Camilleri, une psychosociologue d’origine italienne soutient que c’est en tournant autour du pot, à chaque fois qu’on essaye d’évoquer ce phénomène là, que l’on rend la chose plus difficile parce que l’être humain est complexe.

MH : Concrètement, vous êtes en train de nous dire que les difficultés entre la communauté mahoraise et mzungu se posent en soucis relationnels entre Blancs et Noirs ?

FS : Un Mzungu par essence, dans la culture swahilie, désigne un Européen, une personne d’obédience blanche, de culture occidentale, un sémite qui vient du fils de Noé, en opposition à un kemite qui est un noir. Un Mahorais pour moi est un habitant de Mayotte qui a des référentiels africains, voire arabes ou encore asiatiques et malgaches. On devrait poser le problème sur la capacité de ces personnes là à se mélanger. Mais se mélanger pourquoi ? Pour le travail ? Pour le vivre ensemble ? Pour le vivre associatif, etc. […]

Mayotte Hebdo – 01/02/2012

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