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De quoi l'Europe souffre-t-elle ?

Fév
2012

Lisbonne, Portugal – Ici, tout va très mal puisque le taux de chômage dépasse les 13 pourcent. C’est encore pire en Grèce, en Irlande et d’une certaine façon en Espagne et l’Europe toute entière semble glisser vers une nouvelle récession.

Pourquoi l’Europe est-elle devenue le malade de l’économie mondiale ? Tout le monde connaît la réponse. Malheureusement, la majeure partie de ce que les gens savent n’est pas la vérité – notre discours économique est plein d’histoires fausses quant aux maux dont souffre l’Europe.

Si on lit un éditorial à propos de l’Europe – ou, comme trop souvent, un article censément factuel – on y rencontrera très certainement l’un des deux récits que je me représente comme le récit républicain et le récit allemand. Aucune de ces deux histoires ne colle à la réalité.

Le récit républicain – et c’est l’un des thèmes centraux de la campagne de Mitt Romney – veut que l’Europe ait des problèmes car elle en a trop fait pour aider les pauvres et les moins chanceux, et que nous assistons aux derniers souffles de l’état Providence. D’ailleurs, cette histoire est une histoire révérée par les républicains depuis très longtemps : en 1991, lorsque la Suède souffrait d’une crise bancaire causée par les dérèglements (ça vous rappelle quelque chose ?), le Cato Institute a publié un rapport triomphant démontrant que c’était l’échec du modèle de l’état Providence.

Ai-je mentionné le fait que la Suède, qui possède toujours un état Providence très généreux, est aujourd’hui un pays ultra performant, avec une croissance économique plus rapide qu’aucun autre pays développé ?

D’ailleurs, faisons cela de manière systématique. Regardons les 15 pays européens qui utilisent l’euro (laissons Malte et Chypre de côté) et classons-les selon le pourcentage de leur PIB qu’ils ont dépensé pour des programmes sociaux avant la crise. Est-ce que les pays GIPEI (Grèce, Irlande, Portugal, Espagne, Italie) se démarquent par leur état Providence particulièrement clément ? Pas du tout ; seule l’Italie était dans les cinq premiers et même à ce niveau-là, son état Providence était plus faible que celui de l’Allemagne. Des états Providence excessivement généreux ne sont donc pas la cause des problèmes.

Le suivant, c’est le récit allemand, qui est basé sur l’irresponsabilité fiscale. Cette histoire semble coller à la Grèce mais à personne d’autre. L’Italie avait des déficits des années avant la crise, mais ils n’étaient que légèrement plus importants qu’en Allemagne (cette dette importante italienne a été laissée en héritage par des politiques irresponsables remontant à de nombreuses années). Les déficits du Portugal étaient bien plus faibles, alors que l’Espagne et l’Irlande se trouvaient avec des bénéfices.

Oh, et les pays qui ne font pas partie de la zone euro semblent capables d’accumuler d’importants déficits et de fortes dettes sans être en crise. La Grande-Bretagne et les Etats-Unis peuvent emprunter à long terme à un intéressant taux d’intérêt de 2 pourcent ; le Japon, qui est bien plus fortement endetté qu’aucun autre pays d’Europe, y compris la Grèce, paie seulement 1 pourcent.

En d’autres termes, l’hellénisation de notre discours économique, qui veut que nous soyons tous à un an ou deux de déficits avant de devenir une autre Grèce n’est pas du tout pertinente.

De quoi l’Europe souffre-t-elle donc ? La vérité est que l’histoire est surtout monétaire. En introduisant une monnaie unique sans les institutions nécessaires à la bonne marche de cette monnaie, l’Europe a, dans les faits, réinventé les défauts de l’étalon or – défauts qui ont joué un rôle majeur en causant et en perpétuant la Grande Dépression.

Plus précisément, la création de l’euro a engendré un faux sentiment de sécurité parmi les investisseurs privés, libérant de gigantesques mouvements de capitaux non durables dans les pays émergents de l’Europe. En conséquence de ces mouvements, les coûts et les prix ont augmenté, l’industrie est devenue non compétitive et les pays qui avaient un commerce à peu près équilibré en 1999 se sont alors mis à accumuler d’importants déficits commerciaux. Puis la musique s’est arrêtée.

Si les pays en développement avaient encore leur propre monnaie, ils pourraient et ils utiliseraient la dévaluation pour retrouver rapidement la compétitivité.

Mais ce n’est pas le cas, ce qui veut dire qu’ils sont partis pour une longue période de chômage de masse et de déflation lente et destructrice. Leurs crises de la dette ne sont que des conséquences de cette perspective bien  triste, parce que les économies déprimées mènent à des déficits budgétaires et la déflation amplifie le poids de la dette.

Pourtant, comprendre la nature des problèmes de l’Europe n’offre que des bénéfices limités aux Européens eux-mêmes. Les pays touchés, particulièrement,
n’ont rien d’autre que des mauvais choix : soit, ils souffrent de la déflation, soit ils prennent la décision drastique de quitter l’euro, ce qui ne sera faisable politiquement que si tout le reste s’écroule (la Grèce semble s’approcher de ce point de non-retour). L’Allemagne pourrait proposer son aide en faisant machine arrière sur ses propres mesures d’austérité et en acceptant une inflation plus importante, mais elle ne le fera pas.

Pour nous autres, cependant, remettre l’Europe d’aplomb fait une grande différence parce que les fausses histoires à propos de l’Europe sont utilisées pour pousser à des mesures qui seraient cruelles, destructrices, ou les deux. La prochaine fois que vous entendrez quelqu’un évoquer l’exemple européen pour exiger que l’on détruise notre filet de sécurité social ou que l’on sabre nos dépenses en raison d’une économie fortement déprimée, voici ce que vous devez savoir : cette personne n’a aucune idée de ce dont elle parle.

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