Le Monde publie un reportage sur le « white flight » et l’islamisation des banlieues de Paris

[...] Quand tout cela a-t-il commencé à déraper ? « C’est difficile à dire. Quand on s’aperçoit des choses, c’est trop tard. » M. Jean situe tout de même le basculement dans les années 1980. La cité a commencé à accueillir des familles délogées des squats de Paris qui entravaient les projets immobiliers de prestige dans la capitale. « Elles ont commencé à s’installer à un bout de la rue et puis ont remonté à chaque appartement libéré. On mettait quatre personnes dans un logement et on en voyait d’autres arriver avec des valises d’on ne sait où. Très vite, les gens se sont entassés dans des F3. »

« Alors, pour moi, je vous le dis tout net, ce sera Marine Le Pen et tant pis si ça pète. »

Quand il s’agit de décrire les nouveaux venus, le discours s’embarrasse un peu, les mots deviennent encombrants, le vocabulaire forcément connoté. Alors on cherche, on change : les étrangers, les immigrés, les Noirs, les Africains, les Arabes, les Maghrébins. Les anciens habitants, eux, sont partis, appartement après appartement.

Autres circonvolutions, contorsions de langage pour décrire cette population en fuite : les Français, les Gaulois, les Blancs. Mme Françoise et M. Jean sont restés. [...]

Depuis les années 1990, les petits trafics ont gangrené le voisinage, les cambriolages n’ont cessé de se multiplier. « Je vois des jeunes circuler à bord de voitures comme jamais je ne pourrais en avoir alors qu’ils sont officiellement au RSA. Ici, c’est tout petit. On connaît la situation de chacun. » [...]

« Les gamins jouent en toute impunité à des choses qu’ils voient à la télévision ou entendent avec le rap, explique M. Jean. Ils refont l’histoire. Pour eux, on reste les colons. Chez les parents, c’est la loi du silence. Ils n’osent rien dire. Ils ont peur de leurs enfants ou peur de la police parce qu’ils sont en situation irrégulière. »

Il y a peu, les deux témoins voient également la religion musulmane prendre la rue. « Depuis un an ou deux, les femmes sortent maintenant avec le voile. La fille de ma voisine s’est mise à le porter, il y a six mois. Ça m’a fait un choc. Les hommes se laissent pousser la barbe et s’habillent à la pakistanaise. » Une salle de prière devrait bientôt ouvrir dans la cité. [...]

Le Monde

(merci à Dr Bazooka)

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