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Quand les contribuables refinancent les bad banks…

Oct
2010

Alors que les stress tests des banques européennes n’ont pas fait bondir la bourse, l’annonce d’un assouplissement de la régulation par le comité de Bâle a été, lui, efficace pour les banques. Seraient-elles en si mauvaise position pour qu’un assouplissement réglementaire ait plus d’impact auprès des spéculateurs que les « stress tests » ? D’autant que ces derniers temps, les banques, qui sont encore plus endettées que la France, rapatrient leurs actifs pourris, histoire de faire payer leurs erreurs par les contribuables.

Lundi 26  juillet, le cours en bourse de diverses banques européennes a grimpé de quelques points. Les stress test n’avaient pas eu cet effet, peut-être parce qu’ils ne valaient rien. Là, c’est du sérieux. Alors qu’au G20, on nous a répété qu’on allait faire confiance au comité de Bâle1] pour réguler les banques, notamment en exigeant qu’elles augmentent leurs fonds propres, c’est-à-dire la masse d’argent qu’elles doivent avoir dans leurs coffres pour garantir l’ensemble des prêts et des encours. Actuellement, le taux de fonds propres est fixé à 8%.

Quand une banque vous prête 100€, elle ne les a pas. Elle en a au maximum 8% (et encore, elles parviennent à faire beaucoup moins avec quelques manipulations comptables issues des derniers « assouplissements » réglementaires), ce qui ne l’empêche pas d’empocher les 100€ que vous lui rendez ainsi que les intérêts, tout en mettant votre dette à son actif. Ce système est formidable.

Surtout que c’est pareil avec les États depuis le traité européen que nous avons refusé, et en France depuis que Pompidou, ex ponte de la banque Rothschild, a fait passer une loi interdisant à la Banque centrale de prêter au Trésor, c’est-à-dire à l’État. Du coup, les États aussi sont obligés d’emprunter sur « les Marchés ».

Bref, alors qu’il était question de demander plus de fonds propres aux banques, le comité de Bâle vient de les rassurer, en déclarant qu’il allait « assouplir » ses exigences. Qui restent, à l’heure actuelle, très hypothétiques.

On a donc vu soudainement l’action du Crédit agricole prendre 10,14% dans la journée, la Société générale 10,6%, Dexia 6,24%, BNP Paribas +5,5%, les plus grosses augmentations du CAC 40 ce jour-là. Comment se fait-il que l’annonce de plus de laxisme fasse autant de bien aux banques ? Seraient-elles en si mauvaise position pour prendre 10% en une journée, comme le Crédit Agricole ?

Même Wall Street réagit avec emphase en apprenant l’existence d’un accord entre « banquiers centraux et régulateurs », ce qui constitue, nous dit-on, un « immense soulagement » pour la place US. Innocemment, on aurait pu croire que prévenir les risques aurait pu avoir cet effet.

Le comité de Bâle a donc décidé d’abandonner l’idée de ratios de fonds propres trop contraignants2], et des normes qui embêtent beaucoup les banques, le « leverage ratio » ou ratio de levier[3] et le « net stable funding ratio » pour le ratio de liquidités à long terme, ne seront pas mises en place avant 2018. D’ici là, on aura probablement le temps de se prendre une nouvelle crise dans la figure. Fin septembre, il n’était plus question que d’imposer des « fonds propres » de 7%, alors que les banques avaient peur qu’on les oblige à avoir 10%. Mais qu’on se rassure, ces 7% de fonds dits propres censés garantir les prêts et activités spéculatives de la banque, regroupent un peu de liquide issu des bénéfices, mais aussi des actions dites « ordinaires », c’est-à-dire à peu près sûres. Et pouf, dans la journée le cours des actions des banques a encore grimpé…

Pour les traders et le lobby bancaire, il s’agit d’une « bonne nouvelle ». Ben oui, si on permet de continuer, les banques vont continuer comme elles ont toujours fait, pour le plus grand bonheur de leurs actionnaires. Norme comptable après norme comptable, l’assouplissement suit son cours.

Le comité de Bâle regroupe les gouverneurs des banques centrales de neuf pays européens dont la France, du Japon, de la Suisse, de l’Australie, du Mexique, des États-Unis notamment. Il est dirigé par Jean-Claude Trichet qui préside la BCE. Bien qu’il existe depuis le choc pétrolier, on est obligé de constater que ledit comité a du mal à remplir sa mission, qui est de préserver la « stabilité » financière. Le problème principal de ce groupuscule est qu’il ne retient de ses « consultations » que celles provenant d’éminents membres du microcosme bancaire. Qui, à chaque fois (Bâle I, Bâle II et aujourd’hui Bâle III), préconisent de ne surtout pas réguler, ouh là là ce serait terrible pour l’économie mondiale. Bref, la crise actuelle montre s’il en était besoin que le comité de Bâle ne sert à rien.

Au final, alors que Bâle III est déjà vidé de sa substance mais toujours pas appliqué, certains spécialistes se demandent déjà si les banques vont « jouer le jeu »… Comme le dit Joseph Stiglitz au sujet de la loi US censée réguler le système financier : « Les principes sont bien là, mais les banques ont déployé un tel lobbying qu’elles ont imposé de très nombreuses exceptions » et le résultat est là, puisqu’en ce qui concerne les produits dérivés, « une grande partie de ces produits sont finalement exemptés de régulation ». On se demande pourquoi ces « réformes » ont suscité autant d’envolées lyriques et de gesticulations.

On fait revenir les actifs pourris

Comment se fait-il que depuis la crise, les banques n’aient cessé d’afficher des bénéfices. La Société Générale, qui a perdu quand-même 5 milliards avec Kerviel, en 2009, espère 3 milliards de bénéfice net pour 2010 et 6 pour 2012. Mais, elle a aussi officiellement 3 milliards d’euros engagés sur les titres de la dette grecque (c’est probablement pour ça qu’il a encore été demandé aux contribuables de mettre la main à la poche).

3 milliards (de dollars), c’est encore le bénéfice net de Goldman Sachs4] pour le premier trimestre 2010, avec certes une grosse chute cet été en raison d’une amende assez importante de plus d’un milliard de dollars. Sur 12,3 milliards de dollars engrangés par Goldman Sachs en 2009, la banque s’est payé le luxe d’en mettre 5,4 de côté pour « les rémunérations », entendez les bonus puisque les salaires ne sont évidemment pas comptabilisés.

Crédit agricole est quant à lui exposé à hauteur d’au moins 850 millions d’euros mais peut-être jusqu’à 25 milliards sur la dette grecque, BNP Paribas a annoncé 4,4 milliards d’euros de bénéfice entre janvier et fin juin 2010, le groupe BPCE (banques populaires – caisses d’épargne, qui détient Natixis) a touché plus d’un milliard de bénéfice au 1er trimestre 2010, un peu moins au deuxième…

Mais tout ça n’est en fait qu’un joli scénario qui relève de la science fiction davantage que du bilan comptable sérieux.

Car, pendant que la crise faisait ses ravages un peu partout, les banques ont planqué sous le tapis5] les titres pourris qu’elles détenaient. Par exemple, la Société Générale a créé une filiale ad hoc qui s’appelle Inter Europe Conseil et dont le siège est situé à la Défense dans la tour de la Société Générale. Cette filiale va accueillir comme par miracle des milliards d’actifs toxiques, paraît-il 35 ou 37 milliards d’euros, une somme qui a tendance à augmenter et qui représenterait 84% des fonds propres de la banque, qui s’élèvent royalement à 42 ou 44 milliards d’euros. Et –quelle chance- lesdits actifs pourris permettront à la banque de déduire les pertes6] qui y sont ou y seront liées de ses impôts en France. Autrement dit, c’est encore l’Etat et donc les contribuables qui font un cadeau aux banques. Car la Société Générale n’est pas la seule à faire cela.

BPCE et sa filiale Natixis ont crée un machin appelé de manière très sexy « Gestion Active des Portefeuilles Cantonnés » ou GAPC, et qui a absorbé une partie des actifs pourris de Natixis, qui a beaucoup trop spéculé sur les dérivés de subprime, ce qui a coûté quelques milliards aux bénéfices du groupe, donc autant d’impôts en moins. GAPC détenait pour 31 milliards d’actifs pourris fin 2008, et pour 33,7 milliards d’euros en avril 2009, quand on s’est occupé de la fusion Banques Populaires – Caisse d’Epargne.

Le Trésor Irlandais a créé la NAMA (pour « National Asset Management Agency »), qui a racheté à 47% de leur valeur estimée les actifs pourris des banques7] qui avaient, comme beaucoup, abusivement misé sur les subprime. Apparemment la moitié des titres détenus par les banques irlandaises étaient susceptibles d’être assez pourris pour être rachetés par la NAMA. La NAMA a racheté pour 90 milliards d’euros d’actifs pourris à l’Anglo Irish Bank8], à l’Allied Irish Bank et à Bank of Ireland, et cinq autres banques bénéficieront prochainement de ses largesses.

En Allemagne, Hypo Real Estate (HRE), la banque allemande qui a le plus spéculé sur les subprime 9], a eu le droit de créer sa propre bad bank, dans laquelle 210 milliards d’actifs toxiques ont été transférés (environ la moitié des actifs détenus par HRE, du moins officiellement). La plupart de ces actifs viennent d’une banque irlandaise rachetée en 2007 pour la modique somme de 5,7 milliards d’euros, Defpa Bank, et qui s’est beaucoup trop exposée avec les CDO10], ces dérivés de prêts hypothécaires US pourris. Ironie du capitalisme, ladite bad bank est devenue la huitième banque d’Allemagne.

L’ardoise sera salée pour les contribuables puisque même le FMI a estimé que les pertes liées aux subprime s’élèveront à 2.200 milliards de dollars. Mais peut-être plus, comme 3.600 milliards…

Mais quand on sait que la somme totale des produits dérivés en cours fin 2007 dépassait 60.000 milliards de dollars, on peut se demander si les « pertes » ne seront pas beaucoup plus importantes.

Des banques plus endettées que la France…

Pour bien comprendre l’absurdité de la situation, quand on demande aux contribuables d’éponger les pertes des banques, il faut comprendre à quel point elles sont endettées, et à quel point elles manquent de capitaux. N’importe quel clampin endetté à ce point finit en médiation de dettes.

Le PIB, c’est quoi ? La richesse produite par les travailleurs. En France, il est d’environ 1.900 milliards d’euros, soit 66.000 € annuels produits par chaque personne active, en moyenne. Ledit PIB a baissé de près de 3% en 2009, et le pays s’enfonce dans la dette.

La dette publique de la France, c’est-à-dire les emprunts liés au fonctionnement de l’Etat, c’est près de 1.600 milliards d’euros annuels, soit autour de 88% du PIB de déficit. Elle est passée de 60% du PIB à près de 90% depuis que sarko est au pouvoir. Pour payer ses administrations, la France emprunte beaucoup sur les marchés11], si bien qu’une augmentation d’un point du taux d’intérêt serait dramatique. Et c’est ce qui nous pend au nez avec les attaques contre l’euro menées par les agences de notation. En 2005 déjà, environ 65% de cette dette était détenu par des « non résidents ».

Passons à la dette nette de la France, autrement plus importante : il s’agit de la différence entre ce que doit la France à l’extérieur, et ce qu’on lui doit. Elle s’élève à 400 milliards d’euros environ, un chiffre qui a explosé depuis 2008 (on était à zéro en 2002). C’est 20% du PIB, si toutefois on ne prend pas en compte le passif lié au paiement des retraites, ce qui amènerait la dette nette à 80% du PIB en 2007, avant la crise. Et d’aucuns estiment qu’elle se monterait aujourd’hui à plus de 95% du PIB.

Quant au déficit public, la différence entre ce qui est dépensé et ce qui est gagné par le pays, s’élève à plus de 8% du PIB en 2009, soit 146 milliards d’euros en 2009. Pour Maastricht, il ne faut pas dépasser 3% (avec une croissance de 5%) sinon le remboursement de la dette devient trop pénalisant.

La France est donc très endettée, et la « charge de la dette » est déjà le deuxième budget du pays, après l’éducation nationale et avant la défense et bien avant la santé. En 2013, ce sera le premier poste de dépense du pays, devant l’Education nationale qui passe pourtant pour un gouffre financier.

En 2010, la France doit en effet rembourser 43,5 milliards d’euros, soit 14,5% de la richesse produite. Mais attention : il ne s’agit que du remboursement des intérêts !

Nous n’avons donc plus qu’à espérer que la France ne se retrouvera pas dans la ligne de mire des spéculateurs (Goldman Sachs, Société Générale, fonds spéculatifs et autres), et que son intérêt ne bondira pas de 3 à 8% en l’espace de six mois.

Quand un Etat comme la France se retrouve avec des finances aussi dégradées, on parle de situation de « faillite ». Voyons maintenant pour les banques.

La Société Générale, qui a réussi à paumer 5 milliards sans savoir comment, affiche un endettement record de 1.054 milliards d’euros, pour à peine 43 milliards d’euros de fonds propres. Si la France est en faillite, où en est la Société Générale ?

Le Crédit agricole ne va pas mieux, avec un endettement total de 1.620 milliards d’euros pour … 53 milliards de fonds propres.

Pire encore : BNP Paribas, la banque qui passe pour la plus solide de France, a 1.940 milliards d’euros de dettes (l’équivalent du PIB français) pour à peine 60 milliards de fonds propres. Donc, pour 1 euro détenu dans ses coffres, BNP Paribas peut en dépenser plus de 30. C’est donc un effet de levier, comme ils disent, bien trop élevé pour être raisonnable.

Et c’est un ancien courtier de BNP Paribas qui le dit : « Il suffit de 3% de défauts de paiement avec aucun espoir de recouvrement pour que la BNP soit en faillite ». Donc en gros, il suffirait que des créanciers se retrouvent incapables de rembourser 60 milliards pour faire couler la banque. Imaginons simplement que la Grèce ne puisse pas rembourser, et que l’Europe ne taxe pas ses contribuables pour payer quand même. Alors, les banques exposées se retrouveraient totalement à sec et en cessation de paiement. Au lieu de ça, on fait tout pour que les actionnaires desdites banques puissent dormir tranquilles. Rappelons que les banques françaises auraient joué en Grèce pour environ 79 milliards d’euros (dont 30 rien que pour le Crédit Agricole), qu’elles risquent de perdre, si bien qu’on oblige les contribuables à mettre au pot.

Question : comment les contribuables français, qui n’arrivent à produire que 1900 milliards d’euros par an, pourraient éponger les dettes de ces banques ?

Idem au niveau mondial : le PIB de la planète entière est estimé à 60.000 milliards de dollars par an. En décembre 2007, le total des produits dérivés qui se trouvaient sur le marché représentaient plus de 681.000 milliards de dollars (dont 140.000 milliards seraient détenus par des banques). Soit dix fois le PIB mondial. Comment alors le fruit du travail des gens pourrait-il renflouer les caisses des banques ?

… mais encore plus too big to fail

Au final, depuis la crise, les banques ont réussi à accélérer encore plus la concentration du secteur. On les disait « too big to fail », alors les contribuables ont du commencer à éponger la dette. Mais aujourd’hui, celles qui restent sont encore plus importantes qu’avant.

De toutes manières, l’Europe est pour la libéralisation des « services financiers », ce qui implique, comme elle l’a écrit dans son livre vert sur le sujet en 2005, d’ « éliminer les obstacles résiduels économiquement significatifs » au développement d’un « marché financier européen intégré ». C’est-à-dire qu’il convient d’éliminer les obstacles à l’épanouissement complet des délires spéculatifs. Les technocrates ont même ajouté qu’ « Actuellement [en 2005, donc], le marché européen des capitaux à risques est beaucoup moins efficace que son homologue américain par exemple. Par conséquent, il importe de déterminer les nouvelles initiatives prioritaires éventuelles dans ce domaine. », c’est-à-dire libéraliser, ne pas contrôler et exiger un minimum. Car, le but ultime de la manœuvre est, avec les conséquences qu’on connaît notamment en Grèce, que « le marché européen devienne plus attrayant pour les flux de capitaux étrangers ».

Et qui la commission européenne avait-elle consulté, à l’époque, pour pondre un truc pareil ? Eh bien on retrouve moult banques, cabinets de gestion de fortune, compagnies d’assurances et autres lobbies tels qu’ABN Amro, AXA, Barclays, la pétrolière BP, La City de Londres, la Deutsche Bank, la bourse Allemande, Euronext, la Fédération Bancaire Européenne, Generali, Goldman Sachs, le MEDEF, Morgan Stanley, l’Etat de Jersey, « Paris Europlace »… Pas une association de consommateurs ni un seul syndicat, ni un seul parti politique. Rien qui puisse avoir une voix discordante dans leur chorale.

On peut encore noter au passage que Gunther Verheugen, l’ex commissaire européen en charge des Entreprises et de l’Industrie, vient de créer un cabinet de lobbying et/ou de conseil (les deux activités se rejoignent de plus en plus), six mois à peine après avoir quitté son poste à la Commission. Entre temps, il a aussi accepté quelques missions pour une banque et un cabinet de lobbying. Mais, passons, il n’est pas le seul 12] et on en a déjà parlé.

Que va-t-il se passer désormais ? Si on tente de faire payer les populations, si l’on conserve les critères actuels en matière financière, c’est-à-dire se baser sur les délires des agences de notation et de l’orthodoxie néo libérale, on va se trouver face à un problème : on ne peut pas produire suffisamment pour cela, et la rigueur 13] couplée au remboursement de la dette vont plomber les économies nationales pour des années.

D’un autre côté, vu l’ampleur très limité de la « régulation » à venir, l’ampleur semble-t-il monumental des dettes des établissements financiers et la protection étatique desdits établissements, qui mène à une opacité totale, il y a fort à parier qu’on va se prendre une nouvelle vague de faillites et de concentration du secteur financier.

Pour calmer le populo, on met en place des organismes de « surveillance » supplémentaires, preuve que les anciens n’ont pas fonctionné. L’Europe est en train de se doter de trois agences destinées à contrôler 14] les banques, les assurances et les marchés et pourront alerter les États si une de leurs banques sort des sentiers battus ou bien dire à la banque d’arrêter. On va aussi installer un « » (CERS) pour « Conseil Européen du Risque Systémique pour donner l’alerte en cas d’accroissement du risque au niveau de l’économie de l’UE ». Un doute m’assaille : n’avait-on pas déjà créé ce genre de bidules avec Bâle II etc., et ne serait-ce pas le rôle des agences de notation ou des autorités style AMF (autorité des marchés financiers etc.) de donner l’alerte ?

Apparemment, la commission européenne se base sur le rapport de Larosière, un banquier chargé de faire un rapport sur la crise et comment y remédier et sur les 116 réponses qu’elle a reçues à sa consultation sur le sujet. Evidemment, quasiment tous les groupes d’intérêts liés à la finance ont répondu, comme BNP Paribas, NYSE Euronext, Barclays, banco Santander, HSBC…

La question est de savoir sur quels critères vont se baser lesdits comités pour surveiller les transactions, et à quelles informations ils auront accès. Car, comme l’a déclaré de façon assez désarmante un agent de la SEC censé contrôler Madoff, comment voir où sont les problèmes si les banques ne montrent pas la bonne comptabilité aux contrôleurs ?

On sait qu’à cause des paradis fiscaux, les banques –et les autres- peuvent planquer un paquet d’argent sous le soleil pendant que les déficits sont installés là où sont les sièges sociaux et où, en principe, elles doivent payer leurs impôts. C’est-à-dire chez nous. Et il n’y a pas de trace de cet argent dans les comptabilités disponibles en France. On objectera que selon la fameuse liste des paradis fiscaux de l’OCDE, il n’y en a pour ainsi dire plus 15], mais il leur a suffit de passer des accords fiscaux entre eux (douze exactement) pour sortir de la liste.

Autre question : de quels instruments disposeront ces comités pour obtenir les vrais comptes, et pour savoir ce qui se passe exactement, quand on sait que même les directeurs de banque ne savent pas ce qui se passe dans leur établissement (cf. affaire Kerviel, crise subprime etc.). Comment des technocrates extérieurs pourraient-ils être plus sérieux ?

Il est en effet à craindre que le seul avantage de ce machin soit de procurer un travail bien rémunéré pour les traders et autres spécialistes de la finance. Au total, 450 personnes devraient y travailler, pour un budget de 40 millions d’euros.

————————–

Bref, il semble qu’on n’a pas fini de rire avec la crise. Il n’y a aucun élément qui puisse amener à penser que la situation va s’améliorer à moyen terme, bien au contraire. La régulation n’est qu’une mascarade, comme d’habitude. Les politiques, qu’ils soient de droite ou de « gauche » mènent des politiques d’austérité totalement contre-productive, comme nous pouvons le constater depuis plus de vingt ans. Les banques, bien que totalement plombées, sont fortes que jamais. Il n’y a pas l’ombre d’une remise en question, et le fric qu’elles ont perdu, visiblement, sera bel et bien remboursé par les populations. On abordera bientôt les problèmes sociaux et la répression qui va avec.

Le seul point positif est que de plus en plus de gens comprennent pourquoi et comment ils se font avoir.


[1] Le comité de Bâle a été mandaté pour le G20 pour réguler le système bancaire.

[2] L’un des points révisés récemment est de permettre aux banques d’inclure dans les « fonds propres » (dits Tier 1 et que le comité de Bâle recommande actuellement de mettre à au moins 6%), qui doivent être disponibles en principe, les participations qu’une banque peut avoir dans une autre banque.

[3] C’est un ratio qui permet de calculer le plafond des actifs d’une banque. Pour avoir 100 euros d’encours, il faut 3% de fonds propres disponibles quels que soient les actifs en question (pourris ou pas).

[4] Dont les actionnaires sont des multinationales comme Axa (2,8% du capital), des banques (Barclays qui a 2,9%, JP Morgan avec 1,4%…) ou des fonds d’investissement comme Mellon Financial Corp., Black Rock ou T Rowe Price

[5] Dans ce qu’on appelle les « bad banks », censées liquider les titres pourris détenus par les banques. Elles peuvent être de simples filiales des banques, ou alors des banques à part entière, mises en place par les États. Leur grand avantage est en fait de faire payer par les contribuables les pertes de ces banques. La première, Home Owners’ Loan Corporation, a été mise en place aux Etats-Unis après la crise de 1929 pour racheter des crédits hypothécaires risqués.

[6] Lesdites pertes sont de 7,7 milliards d’euros depuis 2008.

[7] Ce qui a fait une ardoise de 5 milliards pour le gouvernement irlandais, mais l’Etat a emprunté pour refiler 54 milliards d’euros à la NAMA sous forme de prêts en mars 2010.

[8] Une banque gentiment nationalisée en 2009, qui a déjà coûté 25 milliards d’euros aux contribuables irlandais, et ça pourrait encore augmenter car la banque vient de dire qu’il lui fallait rapidement 25 milliards d’argent frais. En principe, l’Anglo irish bank devrait être bientôt démantelée, alors on fait ressortir les casseroles.

[9] La banque aurait amassé un trou de plus de 100 milliards d’euros. HRE a été créée en 2003 de la scission de Hypo Vereinsbank pour être en fait sa « bad bank ». En 2008, le PDG de la banque doit admettre qu’HRE détient pour 390 millions d’euros de subprime, pourtant le gouvernement Allemand a été obligé de débloquer 50 milliards d’euros puis de nouveau 50 milliards et encore 40 milliards à la mi septembre 2010, et les actionnaires rapaces de la banque ont été virés (contrairement à ce qui s’est passé en France).

[10] Ce qui a valu à Defpa Bank, qui affichait 30% de rendement avant l’explosion de la crise,  un contrôle de la SEC, l’organe US censé contrôler les transactions financières.

[11] Notamment depuis que Pompidou, ex dirigeant de la banque Rothschild, a fait passer une loi qui interdit à l’Etat de recourir à la Banque de France pour emprunter. Non, désormais il fallait emprunter sur « les Marchés », c’est-à-dire beaucoup plus cher. D’ailleurs, un article du traité européen stipule que les Etats ne peuvent pas demander à leurs banques centrales de leur faire crédit, leur seule option étant dès lors d’emprunter à des établissements privés.

[12] Un autre cas assez nouveau est celui de Joe Borg, l’ancien commissaire en charge de la pêche, qui travaille aujourd’hui dans un cabinet de lobbying bruxellois actif notamment dans le domaine de la pêche. Tout en percevant encore 11.000€ d’indemnité de la commission, indemnité versée dans le but de « préserver l’indépendance » des anciens commissaires, qui sont supposés ne pas travailler dans un domaine qui les concernait à la commission pendant les trois ans après qu’ils aient quitté leurs fonctions. Accessoirement, le lobbie en question, la Fipra, n’a pas signé le registre des lobbies qui travaillent auprès de la Commission ou du Parlement.

[13] On peut se projeter en regardant ce qui se passe en Irlande, où on s’est surtout inquiété de sauver les banques qui avaient beaucoup trop déliré avec les crédits hypothécaires et leurs dérivés, et où on a appliqué des mesures de rigueur drastiques. Aujourd’hui, l‘Irlande entame sa deuxième année de récession, et ça se voit dans le paysage au nombre de maisons vides et à vendre. Après deux ans de plans de rigueur, le PIB a chuté de 13%, le taux de chômage est de 13,4%, et un ménage y est endetté en moyenne à 175% de ses revenus, encore plus qu’aux États-Unis, si bien que les Irlandais émigrent en masse. Suite du programme : des milliards d’euros d’argent public injectés dans cinq grandes banques bourrées d’actifs pourris via la NAMA, ce qui ferait doubler la dette nationale.

[14] Des « Autorités Européennes de Surveillance » (AES) qui remplaceront des structures existantes.

[15]En fait il y avait deux listes : la noire et la grise, et depuis plus d’un an il ne reste que quatre pays sur la liste noire (Costa Rica, Malaisie, Philippines, Uruguay). Du coup, il est à nouveau permis d’avoir des filiales dans tous les autres paradis fiscaux. L’OCDE vient d’ajouter une liste « gris clair » où on a la Belgique, la Suisse, le Luxembourg…

¿ Dónde vamos ?

(Merci à Léonidas)

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