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Banques : état des lieux, deux ans après le choc Lehman

Sep
2010

Deux ans après la faillite de la banque d’affaires américaine Lehman Brothers, comment se porte le système bancaire ? Au lendemain d’une crise sans précédent, la question préoccupe gouvernements, économistes et investisseurs, tant la bonne santé des banques constitue un élément essentiel de la reprise économique. C’est particulièrement le cas en Europe, où l’économie est financée aux deux tiers par les crédits bancaires, contre un tiers aux Etats-Unis.

Si, d’un bout à l’autre de la planète, le système bancaire semble stabilisé, il subsiste d’importantes poches de fragilité. Bon nombre d’établissements ne sauraient encore se passer de la béquille des Etats. Surtout, le paysage a été profondément remanié, et les réglementations adoptées aux Etats-Unis et en Europe préfigurent de nouveaux bouleversements.

Un système bancaire encore fragile. Grâce au soutien toujours massif des Etats et à la politique de refinancement accommodante des banques centrales, le secteur bancaire paraît globalement tiré d’affaire. Stabilisé.

Certaines grandes banques réalisent même de meilleures performances qu’avant la crise, comme la française BNP Paribas, l’espagnole Santander ou l’italienne Unicredito. Leurs chiffres d’affaires au deuxième trimestre 2010 sont supérieurs à ceux du premier trimestre 2007, avant que n’éclate la bulle des subprimes, les fameux crédits immobiliers à risques américains.

Cependant, des pans entiers du système continuent d’affronter de graves problèmes. Aux Etats-Unis, beaucoup de petits établissements liés au secteur de l’immobilier commercial – un marché de 1 600 milliards de dollars (1 241 milliards d’euros) d’encours, supérieur à celui des subprimes, où le taux de défaut des crédits atteint 8 % -, sont fragilisés.

Les autorités de contrôle du secteur financier recensent 829 établissements malades, redoutant autant de nouvelles faillites, après déjà 118 dépôts de bilan depuis janvier. Ce serait sept fois plus qu’en 2009, qui avait pourtant établi un record en matière de défaillances depuis 1992, avec 140 faillites.

En Europe, hormis la Grèce, sous perfusion, et l’Irlande, avec la déconfiture d’Anglo Irish Bank, deux pays posent problème : l’Espagne et l’Allemagne. Les caisses d’épargne espagnoles pâtissent de leur exposition aux crédits aux promoteurs immobiliers locaux, où le taux de défaut est à 9 %. L’Espagne compte 1,2 million de logements invendus.

Les banques publiques allemandes, elles, traînent le boulet de gros portefeuilles d’actifs toxiques, liés à la crise. De nouvelles faillites ne sont pas exclues ou à défaut, des regroupements. « L’aide publique permet de porter à bout de bras les banques en difficultés mais on ne sait ce qu’il adviendra si la croissance économique ralentit« , commente Peter Hahn, professeur à la Cass Business School, une école de commerce de la City de Londres.

Les contraintes liées aux nouvelles réglementations. Convalescent, le secteur bancaire entre dans une nouvelle zone de turbulences. De nouvelles réglementations voient le jour, qui vont leur imposer des règles du jeu plus strictes, au cours des prochaines années. Adoptée le 12 septembre, la réforme dite de « Bâle 3 » va les contraindre à mobiliser plus de capital face aux crédits distribués. Moins sévère qu’attendue, et progressive, cette réglementation représente quand même un doublement de leurs fonds propres, selon l’économiste Patrick Artus.

« Le ratio de solvabilité moyen des banques est actuellement de 5 %, très en deçà des 9 % bientôt exigés par les régulateurs, coussins de sécurité compris« , explique M. Artus. Sans que cela entrave la reprise économique, poursuit M. Artus, « cela crée une incitation à ne pas faire ce qui consomme du capital : des crédits, des achats d’actions et d’obligations d’entreprises et de la titrisation (transformation de créances en produits financiers)« . L’économiste s’attend à d’importants changements dans la stratégie financière des banques, et notamment à un rush sur les obligations d’Etat.

Beaucoup d’incertitudes sur l’avenir. Les banques de demain seront-elles aussi rentables ? Quels seront les modèles gagnants ? Voilà les deux grandes questions posées par les nouvelles réglementations. A la première, les économistes répondent par la négative, puisqu’à profits égaux, et avec désormais plus de fonds de propres obligatoires, leur ratio de rentabilité (ROE) s’en trouvera amoindri. « La profession bancaire va devoir accepter une évolution que d’autres secteurs de l’économie n’ont pas faite. Avec des ROE voisins de 10 %, les cours de Bourse ne retrouveront jamais les niveaux d’avant la crise« , dit M. Artus. « Il faut le voir comme un progrès, l’opportunité d’entrer dans un monde avec moins de risques et plus d’embauches.« 

Quant au modèle gagnant d’après-crise, qui résultera d’un équilibre entre les risques et les perspectives de profits, les banques mettront sans doute des années à le forger. Pour l’heure, les voies et les paris divergent, opposant une Goldman Sachs recentrée sur les services au client et une Barclays donnant la priorité à la banque d’investissement.

Finalement, pour Nicolas Véron, économiste au centre Bruegel, un changement d’époque s’opère : « Les réformes ont pris du temps mais le temps du débat fut utile. L’évolution des réglementations aux Etats-Unis et en Europe annonce un important cycle de réformes. Jamais on n’avait autant avancé en matière de régulation financière qu’au cours des trois derniers mois.« 

Le Monde

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