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Angoisser le futur pour mieux dominer le présent

Mai
2010

On ne cesse d’agir dans le présent en imaginant ce que sera notre futur : c’est ainsi que les hommes agissent et croient, souvent de bonne foi, qu’ils agissent ainsi de façon rationnelle. Or, rien n’est plus faux car, bien souvent, leur vision du futur n’est qu’une croyance indémontrable.

Nos anciens avaient bien plus conscience que nous de l’imprévisibilité du futur, ils n’étaient pas aussi présomptueux que l’homme moderne, et acceptaient le chaos et l’indétermination émanant d’une réalité dont nous peinons à comprendre les plus simples mécanismes.

Le débat sur les retraites est sur ce point très démonstratif de la chose, la vision du futur nous imprime l’action dans le présent. Et nos hommes politiques comme nos pseudo-économistes usent de la peur du futur pour forcer la réforme, ou plutôt la démolition des retraites du présent. Ce faisant, ils oublient, peut-être volontairement, que ce sont les travailleurs d’aujourd’hui qui payent les retraites d’aujourd’hui.

Si les caisses sociales sont vides ou se creusent de déficits, c’est bien plus par manque de cotisants en nombre suffisant, tout comme en moyens financiers, que par l’explosion du nombre de retraités.

Comme je l’avais expliqué dans un texte précédent la vrai question n’est pas l’âge de la retraite, mais celle des capacités productives du pays. C’est très exactement ce qu’Emmanuel Todd vient d’expliquer, dans son texte consacré aux retraites.

Un pays qui produit ce qu’il consomme n’a pas à s’inquiéter de son vieillissement, on peut toujours se débrouiller pour mieux répartir les richesses. La question du nombre d’années de cotisation peut aussi être raisonnablement discuté. Mais il est absurde de vouloir augmenter le nombre d’annuités de travail, tout en laissant une telle masse de force potentiellement productive au chômage.

La peur du futur, ou les prévisions sur le futur construites par les médias dominants, eux-mêmes dominés par des intérêts particuliers, servent en grande partie à justifier des actions dans le présent. Le futur tel qu’il sera réellement, nous l’ignorons en grande partie, mais le discours qu’ont les dominants sur le futur nous en apprend beaucoup sur ceux qui dominent la société française.

C’est un peu ce que dit Emmanuel Todd, même si son discours accuse à mon avis excessivement le vieillissement de la population comme facteur fondamental de l’idéologie dominante.

En effet, n’est-il pas étrange de voir des pays expatrier leur usines, faire venir des immigrés pour soit disant lutter contre le manque de main d’œuvre et se plaindre d’un manque d’emploi chronique par la suite, tout en s’inquiétant des retraites ?

L’absurdité actuelle atteint un niveau tout à fait significatif, car les politiques n’ont aucune cohérence intellectuelle et se servent de l’image qu’ils donnent du futur pour justifier leurs âneries présentes.

Ainsi, d’après nos économistes mainstream, nous devrions réduire le train de vie fastueux des Français pour lutter contre l’endettement, il ne faut plus faire porter aux générations futures notre fardeau présent. Oubliant, comme dans le cas des retraites, que ce sont les citoyens actuels qui payent la dette actuelle et non nos futurs descendants.

Mais au final, nous pourrions nous poser la question : est-ce que les élites pensent réellement au futur ? Ou, finalement, ne se fichent-elles pas du futur ? Est-ce que nos nations investissent dans la recherche, dans l’éducation ? Construisent-elles les techniques nous permettant de sortir du pétrole, alors que l’épuisement des énergies fossiles est l’un des seuls domaines où nous avons quelques certitudes sur le futur ?

Que veut dire le débat sur le futur des retraites en 2030, alors que nous ne savons même pas comment sortir du pétrole qui, lui, a déjà atteint son pic de production ? On dégage des sommes phénoménales pour nourrir des banques qui ont fait faillite et on n’a pas d’argent pour investir dans la recherche énergétique. Mais qu’est-ce qui est le plus important pour le futur de nos retraites, la santé des banques ou la capacité à maintenir notre économie même sans pétrole ? Enfin, de qui se moquent nos Nostradamus en culottes courtes ?

L’Europe et la mondialisation

Mais dans le registre du futur modifiant le présent, l’idéologie euro-mondialiste fut probablement la plus représentative de cette mécanique de domination des esprits. L’Europe est une des escroqueries intellectuelles les plus fascinante de l’Histoire.

Grâce à l’Europe, les rentiers et la finance ont pu enfin mettre à bas ces pays si peu adeptes du capitalisme néolibéral. Même les plus fervents partisans de l’Europe commencent à se rendre compte du caractère profondément anti-démocratique de l’Union européenne et la crise actuelle n’a fait qu’accélérer la prise de conscience.

Et pourtant, que de discours grandiloquents sur l’avenir que nous assurait l’Europe ! Les Delors, Barre, Giscard, Mitterrand, qui nous ont dit pendant des années : « oui, l’Europe exige des sacrifices maintenant, mais vous verrez plus tard… » ; on attend toujours. Heureusement, il semble qu’entre la crise politique ouverte en 2005 avec le viol des démocraties française et hollandaise, et la crise de l’euro, la futurologie eurobéate se soit vue de plus en plus pour ce qu’elle est : un pur outil de domination sociale.

Il en a été d’ailleurs de même avec la sœur siamoise de l’Europe, la mondialisation. Que de promesses lancées à la face de nos concitoyens ! Avec la mondialisation, le pays sera régénéré, la prospérité est au rendez-vous, c’est vrai nous perdons des emplois dans les secteurs industriels aujourd’hui, mais vous verrez demain, on gagnera plein d’emplois grâce à l’exportation de nos produits avancés vers la Chine et vers le reste du monde. La mondialisation c’est un jeu de gagnant-gagnant, vous verrez demain, toujours demain.

Et le temps passe, les sociétés se dégradent et fonctionnent de moins en moins bien, alors on rebouche, on crée des dettes publiques ou privées. Et on laisse le tissu industriel et social disparaître.

Et le pire dans tout ça, c’est que les victimes ont accepté, elles ont accepté la perte de le futur propre, parce qu’on leur vendait des salades sur un futur fantasmagorique qui n’existera jamais.

Combien de vies brisées par le libre-échange en France ? Combien de gens ont-ils vu leur avenir à eux s’éteindre, parce que des crétins comme Alain Minc et ses sbires ont vendu la mondialisation heureuse ? Ces gens n’avaient qu’une vie et leur futur a bien été brisé, au nom de l’adaptation à la compétition mondiale.

Il faudrait que nos pseudo-économistes libéraux se rendent enfin à l’évidence : appauvrir le présent ne peut pas enrichir l’avenir. Car les gens et les entreprises que vous détruisez maintenant ne créeront rien dans l’avenir, puisqu’ils n’existent plus. Détruire les capacités productives d’une nation n’a jamais amélioré un peuple et son niveau de vie, il s’agit là d’un raisonnement complètement mortifère et illogique.

Enrichir le présent ne peut qu’enrichir le futur

Il faut donc définitivement tordre le cou à ce mouvement de domination idéologique mortifère sur l’avenir, car il a été jusqu’à présent un des puissants moteurs de l’idéologie néolibérale.

Rendez-vous compte que déjà sous Raymond Barre, on promettait, grâce à la pilule néolibérale de la contrition des salaires, une sortie de crise. C’était il y a plus de trente ans.

Le discours qui prétend améliorer un jour prochain l’économie grâce aux sacrifices du présent, n’est qu’un discours de domination. Il perdure maintenant depuis trop longtemps et on en voit aujourd’hui les résultats : il n’y a plus d’avenir. Il faut cesser de reporter à demain les améliorations recherchées, nous devons porter notre attention sur le présent et rien d’autre. Que peut-on faire maintenant pour réduire le chômage, pour réduire le déficit commercial et pour nous réindustrialiser ?

Et si on augmentait les salaires, est-ce que cela ne résoudrait pas nos problèmes de déficits sociaux et de chômage, tout en améliorant la solvabilité des ménages vis-à-vis de leurs crédits trop nombreux ? Est-ce que payer mieux les salariés d’aujourd’hui n’améliorerait pas le versement des retraites d’aujourd’hui et de demain, par hasard ?

Ah oui, mais augmenter les salaires, c’est réduire notre compétitivité, compétitivité rendue nécessaire par le libre-échange qui, lui même, était présenté jadis comme un moyen d’enrichissement, cherchez l’erreur.

Ne nous laissons plus embrumer les esprits par les futurologues délirants, regardons le monde d’aujourd’hui et voyons ce que nous pouvons améliorer maintenant, car améliorer le présent ne pourra jamais nuire à l’avenir, puisque ce dernier est le fruit de nos actions présentes.

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