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Revenus 2009 des [grands] patrons : un recul en trompe-l'oeil

Mai
2010

En renonçant à lever leurs stock-options, les grands patrons ont fait légèrement baisser leur rémunération globale… dont toutes les autres composantes ont crû malgré la crise.

Les salaires de base

Que les résultats soient bons ou mauvais, le salaire minimal tourne autour de 1 million d’euros en moyenne pour l’élite du CAC.

Dans cette catégorie de rémunération, la palme revient à Jean-Paul Agon, le patron de L’Oréal, avec 2,1 millions d’euros, loin devant Bernard Arnault (LVMH), l’empereur du luxe, gratifié de 1,68 million.

Des sommes rondelettes ! « Mais ce plafond garanti ne varie pas pendant quatre ou cinq ans », tempère Bruno Fourage, l’homme de l’art à Mercer Human Resource Consulting. « Les dirigeants parlent d’ailleurs de rémunération fixe. »

Des augmentations de « fixe » ont tout de même cours dans le CAC 40. En particulier au profit des nouveaux venus. Aussitôt arrivé chez Peugeot, Philippe Varin obtient une rallonge de 26 % par rapport à son devancier, Christian Streiff. Philippe Crouzet, le nouveau dirigeant de Vallourec, décroche une majoration de 45 %.

Les experts en rémunération suggèrent de manier ces gratifications avec beaucoup de précautions. Pour une raison simple : ce salaire de base est censé représenter la valeur intrinsèque du dirigeant, son intelligence pure. Du coup, des différences de traitement entre le patron et ses principaux lieutenants peuvent heurter les susceptibilités. Depuis son augmentation (+ 39 %), le patron de la Société Générale, Frédéric Oudéa, perçoit un fixe deux fois supérieur à celui de ses adjoints. Ambiance…

Les bonus

Une année de déprime, et aussi… de primes. En pleine crise économique et financière, les PDG du CAC 40 encaissent chacun en moyenne 1 million d’euros de bonus au titre de 2009.

A Axa, Henri de Castries empoche même 2,6 millions d’euros ! Mais après tout, si le bénéficiaire dégage de gros profits… Malheureusement, les bonus ne varient pas vraiment en proportion des résultats, loin de là : les primes augmentent de 10 % en 2009 quand les profits chutent de 21 %.

Les administrateurs membres du comité des rémunérations chargé de fixer les émoluments du patron jurent pourtant qu’ils ont soin de « corréler la prime avec la performance ». Voire. A la tête de Lafarge, Bruno Lafont semble même défier les lois de la logique économique, avec un bonus en hausse de 11 % sur fond de profits divisés par deux. Critères financiers, comparaisons boursières, équations économiques complexes, le groupe bétonne pourtant sa règle de calcul pour déterminer les bonus alloués aux dirigeants.

Autre extravagance salariale : Arnaud Lagardère voit son bonus doublé en récompense d’un résultat divisé par quatre. « Ces contradictions s’expliquent. Les objectifs assignés aux patrons pour 2009 ont été définis à l’automne 2008, donc en pleine crise financière. Les cibles étaient peu ambitieuses, et les dirigeants qui sont parvenus à limiter la casse ont rempli leur contrat », décrypte Bruno Fourage.

En somme, merci Lehman Brothers ! Plus sérieusement, quand on regarde les pratiques de plus près, on constate que les arrangements existent pour arrondir son bonus même en période de vaches maigres.

La principale astuce ? Ajouter aux critères financiers indiscutables des estimations plus subjectives, comme l’engagement personnel du PDG ou la réussite d’une fusion. Ces appréciations « à la tête du client » comptent pour 40 % dans la détermination du bonus de Jean-Pascal Tricoire, le patron de Schneider Electric. Son bonus s’apprécie de 8 % en 2009, malgré 800 millions d’euros de profits en moins.

Mieux – ou pis -, cette fois au bénéfice de Xavier Huillard, le patron de Vinci : le comité des rémunérations du groupe de BTP se réserve une enveloppe maximale discrétionnaire de 300.000 euros à allouer au patron. Eh bien, en 2009, ce patron obtient 275.000 euros, presque le maximum. Dans la catégorie des primes exceptionnelles, le n° 1 d’Accor, Gilles Pélisson, se distingue aussi. En plus de son classique bonus, il reçoit 200.000 euros pour son étude sur la séparation des deux métiers du groupe (hôtellerie et services). Comme si la validation de cette option stratégique imposée par ses actionnaires n’entrait pas dans les attributions normales d’un patron.

« Les comités des rémunérations ne parviennent pas vraiment à faire baisser drastiquement le salaire variable du patron. Ce dernier pourrait interpréter leur décision comme un acte de défiance. Et les administrateurs veulent rarement déplaire au dirigeant », observe Pierre-Yves Gomez, président de l’Institut français de gouvernement des entreprises à l’Ecole de management de Lyon.

En fait, les coupes claires dans les rémunérations managériales ne proviennent pas de la sévérité des administrateurs, mais du sacrifice des patrons eux-mêmes. A la tête d’EADS, Louis Gallois vient ainsi de renoncer à un bonus de 1,4 million d’euros, alloué par son conseil d’administration en plein conflit social. Son homologue de Saint-Gobain, Pierre-André de Chalendar, refusera également toute augmentation. Pourtant familier des gros bonus, Frédéric Oudéa (Société Générale) a décliné l’aimable proposition de prime formulée par son conseil. Hommage !

Les stock-options

Le lundi 14 décembre 2009 aura été jour le plus lucratif de l’année pour Franck Riboud. Le patron de Danone lève environ 330.000 options à 31 euros et vend le tout dans la foulée à 41 euros. Bilan : des étrennes de 3,3 millions d’euros.

La magie des stock-options opère encore. Patrick Kron (Alstom) et Xavier Huillard (Vinci) ont eux aussi connu le plaisir de passer de la plus-value virtuelle aux gains réels, avec à la clef environ 2 millions d’euros chacun.

Mais, dans l’ensemble, les patrons n’ont guère puisé dans leur cassette de stocks. La remontée des cours en fin d’année aurait pourtant pu les inciter à le faire pour toucher le jackpot.

« L’année de la crise économique, il fallait faire profil bas. Ils préfèrent remettre à plus tard les levées de stock-options », explique un consultant, bon connaisseur de la psychologie patronale.

Presque embarrassés par le million d’euros qu’ils ont encaissé, les duettistes de BNP Paribas, Baudouin Prot et Michel Pébereau, ont fait cadeau d’une partie de leurs gains à une association de microcrédit, l’Association pour le droit à l’initiative économique, chargée de financer des projets d’insertion.

Les dividendes

Grands patrons et petits porteurs partagent un même plaisir à la belle saison : en tant qu’actionnaires, ils reçoivent les dividendes distribués par les entreprises entre mai et juillet. Evidemment pour des montants différents : chaque patron du CAC recevra en moyenne 115.000 euros de dividendes « professionnels » au titre de l’exercice 2009.

A la faveur de souscriptions diverses et variées, certains d’entre eux accumulent des paquets de titres maison qui viennent gonfler leurs salaires.

A la tête d’Axa, Henri de Castries s’impose comme le champion du coupon, avec 820.000 euros perçus. En 2001, le jeune patron présentait une petite ligne de 75.000 actions, contre 1,5 million aujourd’hui.

Guillaume Poitrinal, de la société immobilière Unibail-Rodamco, encaisse, lui, près de 800.000 euros de dividendes.

En fait, les patrons ne manquent pas une occasion d’acheter leurs propres titres. Souscrire aux plans d’épargne d’entreprise, aux augmentations de capital et parfois aux stock-options devient même l’expression ultime de leur foi dans l’entreprise. Résultat : ils touchent de copieux dividendes, mais avec le risque de voir leurs titres baisser. Comme tout actionnaire.

Les jetons de présence

Une petite douceur pour terminer le festin ! A la cantine du CAC, les patrons raffolent des jetons de présence.

Ces sommes perçues en leur qualité d’administrateur leur rapportent en moyenne 60.000 euros par an. Une paille, au regard de leurs rémunérations.

Mais l’accumulation des jetons procure à certains de sympathiques compléments de revenus.

Avec ses sièges aux conseils du Crédit Agricole et de L’Oréal, Xavier Fontanet, le patron d’Essilor, perçoit 140.000 euros par an. Benoît Potier, le PDG d’Air Liquide, émarge à 116.000 euros chez Michelin et Danone.

En 2009, le patron de BNP Paribas, Baudouin Prot, trouvait même le temps de siéger dans trois conseils du CAC 40 (Veolia, PPR et Accor).

L’argent donnerait-il le don d’ubiquité ?

Le vrai palmarès des revenus des patrons

En 2009, les PDG du CAC 40 ont gagné 7 % de moins qu’en 2008. Une diète qui ne devrait pas durer, car la reprise de la Bourse a dopé la valeur de leurs stock-options. Avec en perspective une plus-value potentielle de 232 millions d’euros.

A chacun sa cure d’austérité. En père la rigueur des comptes publics, le Premier ministre François Fillon invite dès maintenant les Français à se serrer la ceinture. Mais les patrons viennent de devancer l’implacable injonction de Matignon. Avec modération toutefois.

L’ensemble des rémunérations réellement encaissées par les PDG du CAC 40 en 2009 baisse en effet de 7 % par rapport à 2008.

L’Expansion a cumulé le salaire de base, le bonus, le gain encaissé sur les stock-options, les dividendes perçus et même les jetons de présence dans les grands conseils d’administration.

Au pied de cette longue colonne de chiffres, un total pour l’élite du CAC : 100 millions d’euros en 2009, contre 107 millions un an avant. Le gain moyen par PDG atteint tout de même la bagatelle de 2,5 millions, soit quatre-vingt-dix fois le salaire français moyen.

Sur le podium des gains, Franck Riboud, le patron de Danone, grimpe sur la première marche avec 8,35 millions d’euros, encadré par Patrick Kron, son homologue d’Alstom (5,1 millions), et par Gérard Mestrallet, à la tête de GDF Suez (4,9 millions).

De beaux trésors de guerre pour 2010

Pour les grands patrons français, cette année de « disette » devrait cependant être vite oubliée. La hausse des cours de Bourse depuis un an, cumulée à de généreuses attributions de stock-options et d’actions gratuites, fait bondir leur espérance de gain en capital. Les plus-values potentielles atteignent aujourd’hui (cours au 11 mai 2010) la somme de 232 millions d’euros, en hausse de 175 % sur un an. Certains « stockés » comme Xavier Huillard (Vinci) ou Benoît Potier (Air Liquide) disposent sous le pied de 11 millions chacun. Le reste du CAC recèle aussi de beaux trésors de guerre… à déterrer dès à présent.

Plus-values : nouvelles promesses de fortune

La reprise boursière a fait flamber les gains potentiels de l’élite du CAC, copieusement pourvue en stock-options et en actions gratuites. Et relance le débat sur un mode de rémunération trop déconnecté des performances réelles des entreprises.

« Choc-option » ! En période de rigueur, ce niveau d’augmentation-là risque bien de heurter quelques sensibilités : les stock-options des patrons du CAC 40 recèlent aujourd’hui une plus-value potentielle de 232 millions d’euros, en hausse de… 175 % sur un an.

A l’origine de cette flambée, l’application d’une implacable mathématique financière : toutes les options accordées en période de creux des marchés boursiers donnent le meilleur d’elles-mêmes à la moindre hausse des cours. Les très généreuses attributions des années 2002-2003, en pleine crise irakienne, mais aussi les récentes allocations, juste après la faillite de Lehman Brothers, font tourner à toute allure le compteur des plus-values. Sans magie ni truquage, des stocks en toc se révèlent des options en or, après une bonne année boursière.

Bernard Arnault, patron de LVMH, le plus « stocké » du CAC 40, illustre à merveille cette mécanique haussière : son cours prend 50 % en un an et ses options – dites « sous l’eau » – émergent subitement pour donner 93 millions de gain potentiel (+ 727 %). L’empereur du luxe tient à nouveau son rang.

Même effet au profit de Thierry Pilenko, son homologue de Technip, avec 7 millions d’euros supplémentaires sous le pied, grâce à la hausse de son cours. « En assemblée, les actionnaires ne trouvent rien à redire. Entre 70 et 90 % d’entre eux approuvent les dotations en stocks faites aux patrons. Après tout, eux aussi profitent des gains boursiers », explique Daniel Lebègue, président de l’Institut français des administrateurs.

De quoi clore le débat ? Pas si sûr. Cette hypersensibilité de la fortune des patrons au destin boursier de leur groupe comporte quelques dangers. Une baisse de 10 % du titre Air Liquide, par exemple, suffit à évaporer de 4,2 millions d’euros l’espérance de gain du patron, Benoît Potier. Deux ans de rémunération volatilisés en quelques séances. Et comme le procédé fonctionne aussi à la hausse, les PDG peuvent prendre des décisions rentables à court terme simplement pour caresser les marchés dans le sens du poil.

Des attributions sous contrainte de performance

Pour les politiques, les patrons doivent surtout se montrer plus partageux. « Depuis 2009, une loi impose même aux entreprises qui distribuent aux patrons une rémunération en capital d’en réserver à tous les salariés ou de renégocier avec eux les accords de participation ou d’intéressement », précise Bruno Fourage, directeur de Mercer Human Resources.

Des options à tous les étages ! Le mot d’ordre fait quelques émules dans le CAC, mais les patrons se réservent souvent la part du lion.

A Alcatel, le nouveau directeur général, Ben Verwaayen, touche 1 million de stocks, contre 700 en moyenne par salarié.

« Certes, mais, cette année, la quasi-intégralité des patrons bénéficie de stock-options sous conditions de performance plus ou moins draconiennes », tempère Jean Lambrechts, responsable des rémunérations des dirigeants au cabinet Hewitt Associates.

Et, effectivement, pour transformer leurs récentes stocks en espèces sonnantes et trébuchantes, les PDG doivent satisfaire à toute une batterie de critères financiers et économiques : augmenter leur chiffre d’affaires, battre leurs concurrents sur le front boursier, dégager un minimum de profits sur deux ou trois ans… Ils passent aussi des épreuves avec leurs actions gratuites : des titres sûrs de valoir quelque chose à terme (contrairement aux stock-options), mais perdus si les résultats s’effondrent. « Ces contraintes de performance et de durée tendent à légitimer des attributions très généreuses », témoigne un consultant, désireux de garder l’anonymat.

Ce n’est pas Chris Viehbacher, le patron d’un Sanofi particulièrement hospitalier, qui dira le contraire : dès son arrivée, il a bénéficié de 65.000 actions gratuites. Soit, au cours actuel, un viatique de 3,3 millions d’euros.

La retraite et le salaire en or du patron de Carrefour

Lars Olofsson est, depuis un an, l’heureux directeur général de Carrefour. Son fixe, ses bonus, ses stock-options et ses actions gratuites se montent à 9,25 millions d’euros. Quant à la retraite, il lui suffira de trois années travail pour prétendre à 500.000 euros par an.

Forcément, dans la grande distribution, on distribue en grand. Le nouveau Directeur général de Carrefour, Lars Olofsson, peut en témoigner. Dès sa nomination en avril 2009, les actionnaires lui ont concocté un régime de retraite ultraprivilégié. Pour attirer cette star de Nestlé, il ne fallait reculer devant rien. Dont acte.

Après seulement trois ans de service dans le groupe, le DG devrait pouvoir toucher une retraite annuelle de 500.000 euros sa vie durant. Carrefour lui a reconnu d’amblée treize années d’ancienneté. En décembre 2012 – donc après le délai de trois ans minimum pour faire valoir ses droits, le fringant Suédois (alors âgé de 61 ans) revendiquera théoriquement « seize années de présence » pour le calcul de sa rente. Au taux de 1,5 % de son salaire par année, Lars Olofsson toucherait finalement 24 % (1,5 % x 16) de sa rémunération, plafonnée, pour le calcul de sa rente, à 2,06 millions d’euros.

Une « rémunération lasagne »

A ce généreux régime s’ajoute une rémunération (fixe et variable) très convenable. En 2009, il a gagné 2,7 millions d’euros. Soit 10% de plus que son prédécesseur Luis Duran. Son bonus de 1,35 million d’euros le place aussi dans le haut du panier des patrons du CAC 40, gratifiés en moyenne d’une prime inférieure de 40%.

La liste des cadeaux s’allonge avec les fameuses stock-options : 130.000 unités à 33,70 euros. Au cours actuel (32,25 euros), elles ne recèlent aucune plus-value mais un peu de patience… Le groupe évalue cette attribution à 1,7 million. Carrefour se montre encore plus magnanime avec les actions gratuites : 165.000 actions, valorisées à 4,75 millions à condition de remplir des conditions de performances économiques et financières.

Retraite, fixe, bonus, stock, actions gratuites… Lars Olofsson empile donc les gratifications. Cette « rémunération lasagne », comme disent les spécialistes en paye managériale, se complète par une allocation de logement égal à 100.000 euros. De quoi trouver un bel appartement dans Paris.

Un chiffre, au pied de cette colonne de chiffres : 9,25 millions d’euros. Sans compter la retraite annuelle de 500.000 euros que le groupe doit provisionner. A 60 ans, l’espérance de vie se monte à 22 ans. Très cher Monsieur Olofsson !

Source : L’Expansion (article 1, article 2, article 3 et article 4)

Jean-Paul Agon,
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