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La France, paradis des grévistes ?

Avr
2010

La légende nationale, et aussi l’image de la France à l’étranger, veulent que nous soyons le pays de la grève, comme nous sommes celui aux 400 fromages.

Ce constat est grandement à nuancer, on le voit dans cette série d’articles :

La France, pays des grèves, sur Acrimed.

Des grèves partout, sauf dans les statistiques, sur le blog Ecopublix.

Les pays qui font le plus la grève en Europe, sur L’internaute.

Globalement, sur une échelle longue, le nombre de journées « perdues » (sur l’ensemble de population active) par les grèves a tendance à baisser : environ 1 million par an dans les années 60, 150 millions en 1968 (!), 2 millions dans les années 70 ; au milieu des années 70 (début de la crise et du chômage de masse) s’amorce une décrue pour atteindre 500.000 en 1980, remonter à 780.000 en 1995 avec les grandes grèves « Juppé » et, désormais, osciller, selon les années et le climat social, entre 300 et 800.000. Des chiffres à relativiser en fonction du nombre d’actifs (environ 25 millions sur la période).

La composition des grévistes est très intéressante. En 2000, la fonction publique représentait 25% des salariés, mais 70% des jours de grèves. Soit une propension à faire la grève, 7 fois supérieure [au] privé !

Dans les années 1990-2000, les transports ont représenté 28% des jours de grève, une majorité étant imputés à la SNCF. En 1998, la SNCF, représentant 1% des actifs français, comptait pour 40% des jours de grèves. Soit le rapport suivant :

En 1998, quand un salarié du privé a fait un jour de grève :

– un salarié du public en a fait 7.

– un salarié de la SNCF en a fait… 29 !

Toujours sur l’exemple de 1998, le nombre de jours de grèves a été de 600.000 environ.

Cela veut dire que :

– Il y a eu un jour de grève pour 200 salariés du privé.

– Un jour de grève pour 25 salariés du public.

– Un jour de grève par salarié de la SNCF.

(Ces chiffres sont tirés du Francoscopie 2003).

Globalement, sur la durée, on peut retenir que la SNCF représente 1% des actifs et 20% des jours de grèves. Si l’on retient ce chiffre, un salarié de la SNCF fait 22 fois plus la grève qu’un salarié du privé et 3 ou 4 fois plus qu’un salarié du public. Bref, les chiffres sont clairs : la conflictualité diminue nettement et la comparaison avec nos voisins montre que nous ne sommes pas plus grévistes qu’eux !

Reste que la fonction publique pratique plus la grève et qu’il y a clairement un problème dans l’entreprise SNCF. On répète à l’envie qu’il faut négocier, parlementer, discuter, faire des pow-wow, mais force est de constater que ça ne marche guère…

Pourquoi la SNCF ?

– Le public peut faire grève à cause de la sécurité de l’emploi et le privé ne le peut pas. Bref, c’est le public et la SNCF qui sont « normaux » et le privé anormal : c’était la thèse de Bernard Maris sur Inter, il y a deux jours. Je ne souscris qu’à moitié à cette analyse, même s’il est vrai que faire grève dans les PME/TPE confine à l’impossible. Le facteur explique grandement le taux de « surgrève » du public, mais pas pourquoi la SNCF fait encore la grève 3 fois plus que le reste du service public.

– Les conditions de travail à la SNCF sont terribles : je n’y crois absolument pas. Je ne dis pas qu’il s’agit de l’Eden sur Terre, mais enfin, on est bien loin de la Bête Humaine.

– La SNCF possède le moyen de pression le plus puissant de France. Paralyser les trains, notamment de banlieue, c’est paralyser la France. Ce qui permet aux grévistes d’obtenir pratiquement ce qu’ils veulent à chaque fois.

– L’organisation de la SNCF permet de faire la grève à moindre coût : grèves de 55 minutes par jour aux heures de pointe, un contrôleur manquant permet de faire sauter un train, etc., etc.

– La SNCF est « contrôlée » par des syndicats durs (CGT, Sud Rail) qui, en plus, se tirent la bourre pour garder ce contrôle. C’est donc la surenchère dans le toujours plus de radicalité. De plus, certaines gares (Saint-Lazare) sont « tenues » par des syndicats liées à des mouvements qui font de l’agit-prop dans ces (rares) bastions.

– Il y a un problème de management. Je pense que cet état de fait est vrai pour la fonction publique et explique en partie le taux de grève plus élevé que dans le privé : l’Etat est un piètre DRH. En ce qui concerne la SNCF, je pense que la direction a fait des efforts certains en ce sens, qui font que ce facteur n’est pas explicatif du taux de grève.

La conclusion est que la France n’a pas de problème de grève et [que] cette image qui nous colle à la peau est dépassée. Les grèves marquent l’opinion, car la petite partie immergée de l’iceberg est très visible, en laissant littéralement à quai des millions de personnes.

Ce constat sur la grève est à nuancer, malgré tout, avec le développement quasi-épidémique du droit de retrait. Le texte est le suivant : «Le travailleur alerte immédiatement l’employeur de toute situation de travail dont il a un motif raisonnable de penser qu’elle présente un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé, ainsi que de toute défectuosité qu’il constate dans les systèmes de protection.»

Or, il est clair que les nombreux cas d’exercice du droit de retrait récents (par exemple, toute une entreprise de transport, suite à une agression) abusent de ce texte. Ceci fait d’ailleurs l’objet d’un conflit au lycée Adolphe-Cherioux où les professeurs ont exercé un droit de retrait, qui a été requalifié en grève.

La différence ? Les salaires continuent d’être payés pour le droit de retrait. Une nouvelle forme de grève (non comptabilisée dans les chiffres) risque donc de se développer, au risque d’une modification législative sur ce texte.

Résultat d’exploitation(s)

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