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Les nanotechnologies, mal connues du grand public, au coeur d'un débat houleux

Avr
2010

Le débat public sur les nanotechnologies a mis en lumière un « consensus sur la nécessité » de recenser ces substances et de fournir « une information large, précise et continue », relève dans un bilan rendu public mardi la commission chargée d’organiser ce débat.

Les matières et déchets radioactifs font l’objet d’un large inventaire national rendu public. Pourquoi ne pas procéder de la même manière pour les nanotechnologies, note la Commission nationale du débat public (CNDP) en résumant dans ce bilan et dans un compte-rendu les propositions avancées lors du débat.

Organisé du 15 octobre au 23 février dans 17 villes en France, il a été « particulièrement perturbé » à Lille, Grenoble, Rennes, Lyon et Marseille et les trois dernières réunions (Orsay, Montpellier, Nantes) ont été annulées et remplacées par des débats sur internet, rappelle la CNDP.

« Si les notions de l’utilité ou de la futilité des applications ont souvent été débattues, la question de la finalité globale n’a pas vraiment été approfondie », note la CNDP.

Lancé à la suite du Grenelle de l’environnement, à la demande de sept ministères, le débat « n’a pas eu le succès escompté », avec seulement 3.216 participants aux réunions publiques, qui venaient « davantage s’informer que débattre ».

Quant aux opposants au débat, ils ont argué qu’il « ne servait à rien puisque les décisions publiques étaient déjà prises et continuaient à l’être pendant le débat », ajoute la CNDP, dans une allusion aux investissements prévus dans le cadre du grand emprunt.

Alors que plusieurs centaines de produits (crèmes solaires, pneus, textiles…) incluant des nanotechnologies sont déjà commercialisés, la nécessité « d’amplifier la recherche pour mieux comparer bénéfices et risques » a été soulignée.

« Nul ne comprendrait, à la suite du débat, qu’un effort important ne soit pas entrepris en matière de recherche sur la métrologie, la toxicité et l’écotoxicité », souligne la CNDP dans son bilan, destiné aux pouvoirs publics.

Elle évoque aussi la nécessité de « renforcer la sécurité des salariés » exposés aux nanomatériaux manufacturés sur leur lieu de travail, de garantir les libertés individuelles et de prévoir un « encadrement éthique du développement des nanotechnologies ».

Dans un compte-rendu de 156 pages retraçant le déroulement du débat, la CNDP relève aussi les « attentes fortes en matière de traçabilité et d’étiquetage » et le souhait d’une gouvernance « moderne » assurant « transparence, participation et partage des responsabilités ».

Les Echos

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Des promesses et des risques

Les nanotechnologies vont apporter des innovations majeures dans un grand nombre de domaines. Mais la taille infime des particules et le manque d’études sur leur toxicité suscitent des inquiétudes, comme le soulignait le dossier de présentation du débat public.

1. De quoi s’agit-il ?

Nanosciences et nanotechnologies ne constituent pas vraiment de nouvelles disciplines mais permettent de revisiter des disciplines bien connues : chimie, physique, biologie, électronique, sciences des matériaux ou de l’environnement… Les progrès technologiques permettent de façonner des matériaux ou des objets toujours plus petits, mais le passage à l’échelle du nanomètre (milliardième de mètre soit 100 fois moins qu’une molécule d’ADN et 30.000 à 100.000 fois plus fin qu’un cheveu) ne constitue pas une simple étape supplémentaire de la miniaturisation. Car, à ces dimensions, les nanomatériaux n’obéissent plus aux lois ordinaires de la mécanique, mais possèdent des propriétés nouvelles obéissant aux lois de la physique quantique. Les nanomatériaux présentent également la capacité d’accélérer voire de déclencher des réactions chimiques (catalyse).

2. Quels sont les secteurs concernés ?

Aujourd’hui les applications concernent principalement trois domaines : santé et sciences du vivant, matériaux, électronique et technologie de l’information. Partant de là, les secteurs économiques sont évidemment bien plus nombreux. Les transports s’intéressent ainsi à des matériaux qui promettent à la fois allégement et résistance accrue. On envisage aussi des médicaments plus efficaces grâce aux nanotechnologies, qui permettraient de protéger la molécule active et de contrôler sa libération. Quant aux technologies de l’information, elles bénéficient déjà des progrès des nanosciences. La révolution de la magnétorésistance géante (GMR) a ainsi permis de multiplier par plus de 100 la densité d’information sur les disques durs.

3. Quels sont les risques ?

Mais les nanotechnologies présentent des risques. Tout d’abord pour la santé. L’exposition aux nanoparticules peut être directe, en raison de leur présence dans des produits de la vie courante (hygiène, emballages alimentaires, voire vêtements), ou bien indirecte, à cause de leur diffusion dans l’air ambiant, à la suite de l’usure de produits qui en contiennent (encres, essences, vitrages…).

En raison de leur taille infime, ces particules sont susceptibles de s’introduire partout : à travers le système respiratoire ou digestif, voire à travers la peau.

Le principal souci est que les études et les données sur la toxicité de ces produits contenant des nanomatériaux sont encore parcellaires et insuffisantes. La nanotoxicologie est une science encore toute neuve et les démarches actuelles prenant en compte la nature chimique des nanoparticules ou la concentration maximum ne suffisent plus, souligne le dossier de présentation du débat public sur les nanotechnologies : « Les travaux à mener doivent permettre de comprendre leur devenir une fois qu’elles ont pénétré dans l’organisme, les réactions qu’elles provoquent, la manière dont elles sont éliminées ou non. »

Les dangers courus par les travailleurs des industries utilisant les nanomatériaux sont aussi régulièrement mis en évidence et l’Afsset recommande depuis 2008 que ces travailleurs soient protégés. Et ce, sans attendre que l’innocuité ou la toxicité soit prouvée. L’environnement est aussi concerné, mais les connaissances sont cette fois-ci encore plus rares. Dernier risque enfin, celui pour les libertés individuelles (avec des nanopuces invisibles à l’oeil nu), particulièrement souligné par les opposants les plus radicaux.

Les Echos

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