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L'élite économique contre le peuple des Etats-Unis d'Amérique

Août
2010

Le texte présenté ci-après constitue la première des six parties d’un rapport publié sur le site américain Amped Status, entre le 15 février 2010 et le 27 février 2010.

La "tea party" de Boston, 16 décembre 1773

« L’oligarchie américaine ne ménage pas ses efforts pour arriver à convaincre qu’elle n’existe pas, mais le succès de sa dissimulation dépend des efforts tout aussi intenses d’un public américain désireux de croire à des fictions égalitaires et refusant de voir ce qui est caché à la vue. » – Michael Lind, To have and to have not

Il est temps que 99% des Américains se mobilisent et s’attaquent à des réformes politiques de bon sens.

Oui, bien sûr, nous avons tous des idées très différentes sur beaucoup de questions. Mais, comme nos Pères Fondateurs l’ont fait avant nous, nous devons mettre de côté nos différences et nous unir pour combattre l’ennemi commun.

Il est de plus en plus clair, aux yeux de beaucoup de gens, que le parti républicain et le parti démocrate, ainsi que les trois branches de notre gouvernement [ces trois branches sont le pouvoir exécutif qui comprend le président, le pouvoir législatif avec le Congrès et le pouvoir judiciaire avec la Cour suprême, NDT] ont été achetés par une élite économique bien organisée qui, tactiquement, détruit notre mode de vie. La dure vérité est que 99% de la population américaine n’a plus de représentation politique. Il est flagrant que l’économie américaine, le gouvernement et le système fiscal sont aujourd’hui manipulés contre nous.

Les actuels indicateurs statistiques sociétaux montrent clairement qu’une attaque stratégique a été lancée et l’analyse des politiques gouvernementales courantes prouve que les conditions de vie, pour 99% des Américains, continueront de se dégrader. L’élite économique a manigancé un coup financier et amené la guerre à nos portes… et croyez-moi, ils ont déclenché une guerre afin d’éliminer la classe moyenne américaine.

A ceux qui penseraient que j’emploie des termes extrêmes, je demande de bien vouloir prendre quelques minutes de leur temps pour m’écouter jusqu’au bout et étudier les preuves que je vais présenter. C’est aux esprits rationnels, sans préjugé, de s’imprégner de ces faits. C’est la triste réalité de notre crise actuelle.

A moins que nous nous unissions tous et que nous trouvions un terrain d’entente, notre mode de vie même et les idéaux sur lesquels a été fondé notre pays continueront de se déliter.

Avant d’en venir à la définition exacte de cette élite économique et de discuter des moyens de bon sens à utiliser pour la mettre en échec, jetons un coup d’œil sur l’étendue des dégâts qu’elle a déjà causés.

I – Les victimes du terrorisme économique, évaluation des dégâts

Les chiffres dévastateurs au plan économique sont, à tous les niveaux, ahurissants. Je vais en passer quelques-uns en revue, ils sont déjà familiers à beaucoup d’entre nous. On entend certains de ces chiffres à chaque instant, si bien qu’il semble que nous ayons déjà commencé à « normaliser l’impensable ». Vous en avez peut-être assez de les entendre, mais derrière chaque chiffre il y a une énorme souffrance personnelle, des vies et des familles américaines qui se débattent plus que jamais.

L’Amérique est le pays le plus riche de l’Histoire et pourtant, nous avons aujourd’hui le plus fort taux de pauvreté du monde industrialisé, avec un nombre sans précédent d’Américains vivant dans une situation désastreuse et plus de 50 millions de citoyens ont déjà atteint le seuil de pauvreté.

Le gouvernement a mis au point des astuces pour minimiser tous ces chiffres, mais nous avons plus de 50 millions de personnes qui ont besoin de faire appel à des bons de nourriture pour s’alimenter, et un chiffre stupéfiant, 50%, d’enfants américains qui, à un moment donné de leur enfance, utiliseront des coupons alimentaires pour se nourrir. Il s’ajoute environ 20.000 personnes à ce total, chaque jour. En 2009, un ménage américain sur cinq n’avait pas suffisamment de quoi acheter de la nourriture. Dans les ménages avec enfants, ce nombre est passé à 24% ; le taux des citoyens qui ont faim a atteint aujourd’hui aux Etats-Unis un record absolu.

Nous avons aussi actuellement plus de 50 millions de citoyens américains privés de soins médicaux. 1,4 million d’Américains ont fait faillite en 2009, ce qui fait 32% d’augmentation par rapport à 2008. Si les faillites continuent à monter en flèche, les faillites dues aux frais de santé sont responsables de plus de 60% d’entre elles, et plus de 75% de ces faillites enregistrée, dues aux frais de santé, émanent de gens qui ont une assurance santé. Nous avons le système de soins de santé le plus cher du monde : on est obligé de payer deux fois plus cher que dans les autres pays et, en retour, la prise en charge globale nous place au 37ème rang dans le monde.

Au total, les Américains ont perdu 5.000 milliards de dollars sur leurs retraites et leur épargne depuis le début de la crise économique et 13.000 milliards de dollars sur la valeur de leurs maisons. Au cours des 12 premiers mois de la crise, les travailleurs âgés de 55 à 60 ans, qui ont travaillé pendant 20 à 29 ans, ont perdu en moyenne 25% de leurs 401k [le Plan 401(k) est un système d'épargne retraite à cotisation définie, cautionné par l'employeur, NDT]. « La dette des particuliers est passée de 65% du revenu en 1980 à 125% aujourd’hui. » Plus de 5 millions de familles américaines ont déjà perdu leur maison ; on s’attend à ce qu’au total, 13 millions de familles américaines perdent la leur d’ici à 2014, 25% des prêts hypothécaires actuels étant « underwater » [c’est-à-dire "sous l'eau" : avec un bien dont la valeur est inférieure au montant emprunté, NDT]. La Deutsche Bank avance des pronostics encore plus sinistres : « Le pourcentage des prêts “underwater” pourrait atteindre 48%, soit 25 millions de foyers. » Chaque jour, 10.000 maisons aux Etats-Unis font l’objet d’une saisie. Les statistiques montrent qu’un nombre croissant de ces gens ne trouvent pas refuge ailleurs ; il y a maintenant plus de 3 millions d’Américains sans-abri et le segment de la population des sans-abri qui connaît la plus forte croissance, ce sont les parents célibataires avec enfants.

L’endroit où de plus en plus d’Américains trouvent un abri, c’est en prison. Avec une population carcérale de 2,3 millions de personnes, nous avons aujourd’hui plus de personnes incarcérées que n’importe quelle autre nation du monde – les statistiques par habitant donnent 700 prisonniers pour 100.000 citoyens. Comparativement, sur 100.000 habitants, le taux en Chine est de 110, en France de 80 et en Arabie Saoudite, de 45. L’industrie carcérale est florissante et on s’attend à une croissance exceptionnelle dans les prochaines années. Un rapport récent du Hartford Avocate intitulé « La Nation de l’incarcération » a révélé qu’ « une nouvelle prison s’ouvre chaque semaine quelque part en Amérique ».

Le chômage de masse

Le taux de chômage officiel est trompeur à plusieurs niveaux. Il ne prend pas en compte les personnes qui « travaillent involontairement à temps partiel », c’est-à-dire des gens qui travaillent à temps partiel, mais souhaitent trouver un emploi à temps plein. Il ne compte pas non plus les « travailleurs découragés », à savoir les chômeurs de longue durée qui ont perdu tout espoir et ne recherchent pas systématiquement un travail. Au fil du temps, de plus en plus de gens cessent de rechercher systématiquement du travail et ils n’entrent plus dans les chiffres du chômage. Par exemple, en janvier, 1,1 million de travailleurs ont été éliminés du total du chômage parce qu’ils ont été « officiellement » étiquetés comme « travailleurs découragés ». Par conséquent, au lieu de parler de l’augmentation du nombre des chômeurs, on va nous présenter des rapports trompeurs annonçant une stabilisation du chômage.

En plus de cela, le « Bureau of Labor Statistics » [appartenant au ministère du Travail, NDT] a récemment découvert que 824.000 pertes d’emplois n’ont jamais été comptabilisées, en raison d’une « erreur de modélisation » dans ses données. Même dans les données initiales de janvier, il semble qu’il y ait une énorme sous-estimation dans le dernier rapport qui affirme que l’économie a perdu 20.000 emplois. Dans son étude sur l’emploi, TrimTabs, qui a toujours fourni des données plus exactes, « a estimé que l’économie américaine a perdu 104.000 emplois en janvier ».

Si l’on prend en compte tous ces travailleurs non comptabilisés – ceux qui « travaillent involontairement à temps partiel » et les « travailleurs découragés » – le taux de chômage passe de 9,7% à plus de 20%. Au total, nous avons aujourd’hui plus de 30 millions de citoyens américains qui sont au chômage ou sont sous-employés. Le taux, rarement cité, de « participation à l’emploi » qui révèle le pourcentage de la population qui constitue actuellement les actifs est aujourd’hui tombé à 64 pour cent.

Même en se fondant sur le taux « officiel » du chômage, il faudrait, rien que pour revenir au niveau de chômage de 4,6% que nous avions en 2007, créer plus de 10 millions de nouveaux emplois, et la plupart des économistes sérieux vous diront que ces emplois ne reviendront pas. En fait, nous perdons encore régulièrement des emplois ; sur une seule journée, celle du 27 janvier, plusieurs sociétés ont annoncé de nouvelles suppressions de plus de 60.000 emplois.

Déjà, en raison de la durée de cette crise, des millions d’Américains arrivent au stade où les prestations de chômage sur lesquelles ils ont vécu touchent à leur fin. Jamais, depuis que les statistiques existent, autant de travailleurs n’ont été sans travail depuis si longtemps, avec aujourd’hui plus de six millions de chômeurs de plus de six mois. Un record : 20 millions d’Américains avaient droit aux prestations d’assurance chômage l’an dernier, mettant 27 Etats en cessation de paiement, et sept autres devraient aussi s’inscrire dans le rouge dans les quelques mois à venir. Au total, on s’attend à la faillite de 40 programmes d’Etats.

La plupart des économistes pensent que dans un avenir prévisible, le taux de chômage devrait rester élevé. Que se passera-t-il quand nous aurons des millions de travailleurs licenciés sans indemnités de chômage pour leur venir en aide ?

Travailler plus pour gagner moins

Les millions de gens qui se débattent pour trouver du travail ne sont qu’une facette de l’histoire. Vu que nous avons maintenant un niveau record de six personnes pour chaque création d’emploi, les entreprises ont été à même d’augmenter un peu plus la charge de travail de leurs employés restants. Elles ont pu augmenter le nombre d’heures de travail des Américains, réduire les salaires et diminuer sévèrement les avantages. Alors que les Américains étaient déjà les travailleurs les plus productifs au monde avant la crise économique, au troisième trimestre de 2009 la productivité moyenne du travailleur a augmenté, en taux projeté sur un an, de 9,5%, tandis qu’au cours de la même période le coût de l’unité de travail a baissé de 5,2%. Ce qui a débouché sur des bénéfices records pour de nombreuses entreprises. Sur les 220 sociétés du S&P 500 [le S&P 500 (SPX) est un indice boursier basé sur 500 grandes sociétés cotées sur les bourses américaines, NDT] qui ont fait connaître à ce jour leurs résultats du quatrième trimestre, 78% d’entre elles ont réalisé « des bénéfices meilleurs-que-prévu », avec des gains de 17% supérieurs aux attentes, progression « la plus élevée sur un trimestre depuis que Thomson Reuters a commencé le suivi des données ».

Selon le « Bureau of Labor Statistics », le salaire annuel moyen national n’était que de 32.390 dollars en 2008 ; cette même année, le revenu moyen des ménages chutait de 3,6%, tandis que le taux de chômage était de 5,8%. Avec un taux de chômage qui est maintenant de 10%, le revenu moyen a baissé de 5% et devrait continuer à décliner. Il n’y a pas lieu de s’étonner que le niveau de satisfaction au travail des Américains soit aujourd’hui au plus bas.

Il y a aussi un nombre croissant de gens qui travaillent mais qui, bien qu’ils aient un emploi, vivent encore pauvrement. Il y a au moins 15 millions de travailleurs qui entrent aujourd’hui dans cette catégorie en augmentation rapide. Dans la situation économique actuelle, on ne va pas loin avec un salaire annuel de 32.390 dollars, et la moitié du pays a moins que cela. C’est pourquoi bien des Américains sont désormais obligés d’avoir deux emplois pour assurer à leur famille de quoi, avec un peu de chance, joindre les deux bouts.

Un crime contre l’humanité

Les grands médias d’information veulent nous paralyser face à cette effroyable réalité, en nous parlant continuellement des tout derniers chiffres, mais ils ne mettent jamais les morceaux ensemble pour vous montrer tout le tableau dévastateur, et ce n’est que rarement qu’ils vous montrent l’immense souffrance individuelle qui s’est installée derrière ces chiffres. C’est ainsi qu’ils « normalisent l’impensable » et qu’ils nous rendent passifs face à un nombre de pertes aussi élevé.

Derrière chacun de ces chiffres, il y a une immense somme de misère ; les dégâts physiques ne sont rien par rapport aux dégâts psychologiques. Toute personne qui a eu à différer des soins médicaux ou qui n’a pas pu obtenir des soins médicaux pour un membre de sa famille à cause de sa situation financière, pourra vous parler de ces dégâts psychologiques qui surpassent la souffrance physique. Toute personne qui a éprouvé l’angoisse de ne pas savoir comment elle allait subvenir au prochain repas de son enfant ou au sien, ou l’angoisse de se demander comment elle allait payer son emprunt immobilier, son loyer, sa facture d’électricité ou de chauffage, sans parler du paiement des traites pour sa voiture, le gaz, le téléphone, le câble ou la facture Internet.

Il y a aujourd’hui bien plus de 150 millions d’Américains qui sont régulièrement angoissés par ces questions. Plus de 60% des Américains vivent actuellement au jour le jour.

Tout cela, ce sont des choses élémentaires que toute personne devrait pouvoir s’offrir facilement dans une société technologiquement avancée comme la nôtre. La raison pour laquelle nous nous débattons avec ces choses, c’est parce que l’élite économique nous a tous volés. Cette accumulation de souffrances aux Etats-Unis d’Amérique est littéralement un crime contre l’humanité.

David DeGraw

Si un ou plusieurs lecteurs voulaient bien se dévouer pour traduire les cinq autres parties, Fortune se ferait un devoir de les publier. La version américaine complète est ici : Full Report : The Economic Elite Vs. The People of the United States of America

Sommaire du rapport complet :

  • I : Les victimes du terrorisme économique, évaluation des dégâts (article publié ici)
  • II : La montée de l’élite économique
  • III : A la découverte de notre ennemi : allons à la rencontre de l’élite économique
  • IV : Le coup d’Etat financier
  • V : Comment vaincre la stratégie du diviser-pour-régner
  • VI : Comment réagir et gagner : les problèmes de base communs sur lesquels il faut gagner

Source (en américain) : Amped Status

Traduction française : Polémia (nous avons apporté quelques corrections mineures à la présente version)

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