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Au Sénégal, «la main de l’étranger», bouc émissaire idéal de la crise du coronavirus?

01/04

L’apparition brutale du Covid-19 a favorisé une levée de boucliers violente contre les étrangers dans certains pays africains, dont le Sénégal. Mais pour les experts interrogés par Sputnik, elle ne fait que réveiller des angoisses en somnolence.

En effet, le 2 mars dernier, l’annonce du premier cas de coronavirus –un ressortissant français vivant à Dakar de retour de vacances en région Auvergne-Rhône Alpes– a été le point de départ d’un torrent d’accusations contre les «étrangers» porteurs de «malheurs». Et les trois cas déclarés par la suite, des patients européens, sont venus «corroborer» cette thèse. Un quotidien sénégalais a cru alors résumer la situation avec un titre évocateur: «Un hôte étranger parmi nous».

Le même phénomène de stigmatisation s’est produit en Éthiopie, où le premier ministre Abiy Ahmed a dû appeler ses compatriotes à la tolérance en réaction à des attaques contre des étrangers. «Il est important de noter que le virus n’est lié ni à un pays ni à une nationalité. (…) Tout le monde est égal devant le risque… Ne laissons donc pas la peur nous voler notre humanité.»

Au Sénégal, et même si elle peut revêtir une signification au regard du stade de transmission de l’épidémie, «cette dichotomie entre « nous » et « eux » a été d’abord entretenue par la communication gouvernementale sur le premier cas», souligne pour Sputnik le Dr. El Hadji Malick Sy Camara, enseignant-chercheur de sociologie à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar.

«Le ministre de la Santé [Abdoulaye Sarr] avait au départ parlé de « cas importé ». À ce qualificatif s’est ajoutée une autre précision sur sa nationalité. Cela a sans nul doute forgé les premières représentations sur les potentiels vecteurs de la maladie, c’est-à-dire ceux qui ne seraient pas de peau noire. Sur le plan socio-anthropologique, les populations trouvent toujours de bonnes raisons pour étiqueter les allochtones qui, aux yeux des autochtones, ont bouleversé leur quiétude», analyse le socio-anthropologue sénégalais.

Depuis ces premières escarmouches verbales, le Sénégal s’est retrouvé, au 31 mars, avec 175 cas de coronavirus: une nette majorité de nationaux contaminés et des «cas importés». Et les statistiques quotidiennes vont dans le sens d’une aggravation de la situation sanitaire. Les chiffres de la pandémie tendent, ainsi, vers un schéma de transmission communautaire de plus en plus net, minimisant de fait la «responsabilité» des étrangers pour révéler des contaminations de Sénégalais «bon teint».

«Plus problématique est la communication sur les cas importés impliquant ceux que l’on appelle communément les « modou-modou » (immigrés sénégalais, ndlr). En effet, au-delà de la stigmatisation dont ils sont l’objet, cela peut fragiliser le socle du vivre-ensemble et nos sociabilités dans la mesure où toute personne de cette communauté est perçue comme potentiellement porteuse du virus et donc dangereuse pour nous autres», alerte Diouma Diallo

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