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Ne m'appelez plus jamais Europe !

Mar
2010

Par Michel Santi

Les gouvernements européens maquilleraient donc leurs bilans pour cacher ou édulcorer leurs déficits ! Voilà où en est aujourd’hui réduite la crédibilité de certains Etats Européens et non des moindres, puisque la planification de la privatisation de France Telecom avait autorisé l’Etat français à toucher, en 1997, la somme de 5 milliards d’Euros, officiellement au titre des retraites des salariés de cette entreprise devant être assumées par les pouvoirs publics, officieusement afin d’embellir le déficit budgétaire du gouvernement de l’époque…

Ces manipulations comptables, pénalement répréhensibles dès lors qu’elles émanent d’une entreprise quelconque, auraient ainsi été appliquées par les Etats dans le but de satisfaire aux critères du Pacte de Stabilité, en termes de déficits et d’objectifs d’endettement. Ce pêché originel européen, inadmissible et scandaleux, hantera l’Union assurément pendant encore de longues années, car la Grèce – qui a escamoté certaines dépenses publiques – ou le Portugal – qui a fait passer des dépenses pour des investissements – n’ont fait que suivre l’exemple des « grandes nations » leur ayant montré le chemin.

Ces artifices et ces tromperies comptables ne sont, en définitive, que la résultante de machinations politiciennes de dirigeants (de l’époque) ne reculant devant aucun mensonge pour intégrer certains pays dans l’Union, dans le seul but de favoriser certains lobbies capitalistes ayant misé sur des concentrations et des regroupements d’entreprises au niveau européen !

Mais alors : pourquoi s’acharner contre la finance, si la politique elle-même, dévoyée de sa noble mission de servir l’intérêt public, déguise sciemment la réalité afin de parvenir à ses fins ? La crise des années 2007-2009 a-t-elle été provoquée par la gourmandise du milieu financier, par les bonus inacceptables de certains banquiers ou traders, ou par une politique qui, une fois de plus, s’est faite – le coeur léger – instrument et bras armé du système financier et capitaliste ? La vérité est que la politique n’est plus qu’une excroissance de la finance, trop contente de lui rendre service à la moindre occasion.

Les déboires grecs ne sont pas plus la conséquence logique de la crise financière, les malheurs de la Grèce ne sont pas à la base provoqués par un laxisme financier, même si ses déficits et ses tricheries comptables sont, bien sûr, frontalement responsables de cette perte de confiance des marchés. Aux sources de la crise grecque, se trouve la corruption politique de gouvernements successifs, ayant permis aux riches citoyens de ce pays de ne payer pratiquement aucun impôt sur le revenu ou sur la fortune : ou quand la Grèce devient un paradis fiscal pour les riches grecs… puisque seuls 3.000 à 4.000 contribuables grecs s’acquitteraient de l’impôt sur le revenu !

Ou quand l’Union Européenne encourage ce type de comportements gouvernementaux, indignes de l’appellation de « démocrates » : l’intégration de la Grèce au sein de l’Union n’y a-t-elle pas effectivement généré une croissance totalement artificielle, résultante bêtement mathématique d’une bulle spéculative, redevable à une capacité virtuellement illimitée de l’Etat grec à pouvoir s’endetter en Euros, dès son entrée dans le club, très privé et très prisé, européen ?

Aujourd’hui, la bulle ayant implosé, le rêve étant devenu réalité, la facture se doit donc d’être payée par le citoyen grec moyen qui devra, seul, assumer le relèvement brutal de la TVA ou le relèvement de l’âge de la retraite. Comment, en effet, relever le taux d’imposition des plus nantis, alors que les riches n’ont jamais participé à l’effort national ? N’est-il pas effectivement plus pratique de relever une taxe payée invariablement par l’ensemble des grecs ?

Une détérioration des conditions économiques européennes, qui semble aujourd’hui inévitable, fera franchir à cette crise ayant démarré en 2007, un nouveau palier dangereux, car ce sont les Etats eux-mêmes, leur crédibilité et leur aptitude à nous diriger sainement, qui seront progressivement remis en question. Après la déconfiture confirmée ou prévisible de petits pays européens – Grèce, Portugal, Irlande -, il conviendra de scruter avec la plus grande attention les développements au sein des « grandes nations », comme la France ou l’Allemagne.

L’Europe est aujourd’hui devenue le maillon faible de l’économie globale.

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