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Indécente dramatisation de la question des retraites

Août
2010

La question des retraites donne lieu à une dramatisation indécente, hors de propos dans notre pays. On nous rebat les oreilles avec un «choc démographique» qui a la puissance d’une pichenette. Car si le vieillissement de la population est bien réel, ses effets sur les finances publiques seront de très faible ampleur. Rien qui ne puisse être très aisément financé.

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Cette plaisante perspective est même une des caractéristiques de la France, lorsqu’on la compare au reste de l’Europe. Le gouvernement devrait se retenir de faire peur et cesser d’évoquer des chiffres dénués de pertinence. « Si nous ne faisons rien, il manquera 100 milliards d’euro à l’horizon 2050 », affirme ainsi François Fillon, qui ferait mieux de se taire.

Un groupe de travail international, mis en place par la Commission européenne (on lira ici son rapport et là son annexe statistique), a calculé les effets du vieillissement sur les finances publiques de chaque pays de l’Union, à l’horizon 2060. Surcoût des pensions de retraite elles-mêmes, mais aussi alourdissement des dépenses de santé, coût de la dépendance d’un nombre croissant de personnes âgées, effets probables sur le chômage, enfin, effet de la démographie sur les dépenses d’éducation : rien n’a été oublié.

Et tout compte fait, la situation de la France est plutôt enviable. En témoignent les deux graphes ci-contre. De 2007 à 2020, le vieillissement se traduirait en tout par un surcoût de dépenses publiques de 2,7 points de PIB, et se stabiliserait ensuite jusqu’en 2060. Notons que cette perspective n’est due à aucune économie sur les dépenses d’éducation.

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Si c’est cela le « choc », alors il faut parler de séisme en Allemagne, au Royaume Uni, en Belgique, en Espagne et aux Pays-Bas ; de tsunami en Grèce… Et les mots manquent pour évoquer le Luxembourg, où le vieillissement alourdirait la dépense publique de 9,1 points de PIB en 2020, et jusqu’à 18 points en 2060.

On peut tirer plusieurs enseignements de ces travaux. Le premier, c’est qu’il est inconvenant de se référer aux réformes conduites dans tel ou tel pays, pour justifier les réformes souhaitables en France.

Le deuxième enseignement de ces chiffres, c’est que financer une surcharge de 2,7 points de PIB en quinze ans est tout, sauf un exploit. Ce fut d’ailleurs très exactement le cas entre 1980 et 1993 pour les seules pensions de retraites. Aucune « réforme courageuse » n’est alors venue atténuer cette ascension. Et il y a fort à parier que plus d’un lecteur en feront la découverte, lorsqu’ils examineront ce graphique.

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Retenons enfin quelque chose d’essentiel. Dans cette affaire, et notamment dans le cas de la France, la variable clé n’est ni le rapport démographique entre actifs et retraités, ni la durée de cotisation, ni le pouvoir d’achat des pensions. En France, la variable clé est la croissance économique, fruit du travail des hommes et de leur productivité. En témoigne le tassement apparent des pensions entre 1999 et 2002 : on le doit non pas à un ralentissement des prestations de retraites, mais à la très vive croissance du PIB qui marqua le tournant du siècle.

Ce constat devrait faire réfléchir ceux qui s’acharnent à faire peur aux Français. En dramatisant inutilement la question des retraites, ils incitent les Français à épargner plutôt qu’à consommer. Ils privent ainsi la croissance économique nationale de son plus efficace ressort, et aggravent le problème qu’ils prétendaient résoudre.

Mais peut-être cherchent-ils moins à financer les retraites par répartition, qu’à faire émerger spontanément un système par capitalisation, inutile pour la collectivité mais lucratif pour quelques uns.

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