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InfoMigrants livre le récit d’Alif, Albanaise toujours en France après deux expulsions et dont le compagnon afghan est accusé de meurtre

19/01

Alif, une Albanaise de 27 ans, a été expulsée à deux reprises du territoire français après avoir été déboutée du droit d’asile, comme tous les membres de sa famille. Inlassablement, elle revient pourtant en France, en quête d’une vie meilleure. Son cas illustre celui de milliers de ressortissants albanais dans l’Hexagone
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« Je m’appelle Alif*, j’ai 27 ans et cela fait trois ans que je fais des allers-retours, au gré de mes expulsions, entre la France et l’Albanie, mon pays d’origine. J’ai été déboutée du droit d’asile en France, tout comme mes parents et mes deux frères.

Je travaille dans un magasin solidaire à Grisolles, près de Toulouse. Je trie des vêtements issus de dons et je les vends. Je suis logée sur place : il y a une grande maison où vivent 23 autres sans-papiers comme moi. J’ai une chambre pour moi toute seule. Comparé au reste de ma famille, je ne suis pas à plaindre.

Mes parents vivent dans la rue, sous une tente, à Toulouse avec mes deux nièces âgées de deux ans et quatre ans. Mon petit frère de 24 ans, lui, dort devant la gare d’Austerlitz, à Paris. La journée, il travaille de manière clandestine dans le secteur du bâtiment.
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J’ai des problèmes avec mon supérieur hiérarchique, un sans-papiers lui aussi. Il me met mal à l’aise, il est toujours après moi. Le 15 décembre, il m’a dit : ‘Viens, je dois te parler’ et il m’a embrassée. Puis il m’a dit : ‘Tu restes un peu, comme ça, avec moi. Et tu me fais un bisou’. Je pleure beaucoup depuis.
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Dans la vie de tous les jours, je suis très prudente dans mes déplacements. J’ai peur que la police me contrôle. Je ne sors pas beaucoup.
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Nous avons pris l’avion pour Marseille tous les sept – mes parents, mes deux frères, ma belle-sœur, ma nièce [la seconde n’était pas encore née, NDLR] et moi. En France, nous avons tout de suite demandé l’asile et, quelques semaines plus tard, nous avons obtenu une place en Cada (Centre d’accueil de demandeur d’asile) près d’Albi. C’était bien : on était tous dans une maison. Là, j’ai fait la connaissance de Z., un réfugié afghan qui vivait juste à côté du Cada. Nous sommes tombés amoureux. Lui avait un statut et un travail.
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En janvier 2018, j’ai payé des passeurs grâce à de l’argent que m’avait donné mon père pour pouvoir traverser les frontières en voiture.
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En mars dernier, Z. a été arrêté par la police. Il est accusé d’avoir tué un autre Afghan lors d’une rixe, mais je suis sûre qu’il est innocent. Ce soir-là, il était sorti aider des amis à lui à se défendre face à un groupe d’hommes qui les provoquaient. Il n’aurait pas dû y aller.

Cela fait bientôt un an que je n‘ai pas vu Z. Pour moi, ce n’est pas possible d’aller au parloir vu que je n’ai pas de papiers. On se parle par téléphone. J’ai mal, je pleure, mais je ne lui ne dis jamais ça. Il n’aime pas que je sois triste pour lui. J’espère qu’il sortira vite. »

*Le prénom a été modifié à la demande de l’intéressée.

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