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Lyon : ouverture du procès d’un vaste réseau nigérian de prostitution (MàJ)

J-6

Prostitution nigériane: une « affranchie » devant le tribunal

Cynthia Obule, 28 ans, est l’une des 17 Nigérianes parties civiles à la procédure […].

Née dans le sud du Nigeria, elle explique qu’adolescente, elle a refusé de se marier; qu’elle était « acceptée à l’université » quand son père, la voyant « comme une vieille femme », l’a expulsée de la maison familiale. Elle rejoint alors Benin City, où les filières de prostitution recrutent le plus. Vivant « dans la rue », un petit ami lui parle d’aller en France; contact y est pris avec Helen Okpoto, que l’accusation décrit comme « une proxénète de premier ordre » […].

Cynthia Obule raconte avoir juré de la payer lors d’un rite vaudou, le « juju » […]. Avec des mèches de cheveux, des coupures d’ongles, des poils pubiens, des complices du réseau fabriquent un fétiche à son effigie et menacent de la faire souffrir – jusqu’à la tuer – si elle ne tient pas parole ou parle à la police.

« J’avais très peur du juju parce que dans mon pays, c’est un dieu pour les gens », explique [Cynthia].

 

[…] Pour rejoindre la France, elle passe par la Libye puis l’Italie. Elle déclare s’être prostituée dès son arrivée, fin 2015 […]. « Forte de cette expérience », Cynthia […] fait venir, à son tour, une jeune Nigériane à laquelle elle assigne une dette identique en jouant de l’emprise de la sorcellerie.

« Si tu ne me donnes pas mon argent, tout ce que tu es venue chercher en Europe, tu ne l’auras pas et le juju va te frapper dix fois », intimide-t-elle dans une conversation. L’enquête révèle aussi que Cynthia Obule achète des camionnettes et transfère de l’argent dans son pays pour le blanchir dans un projet immobilier…

francesoir.fr

 


06/11/2019

Dix-sept femmes venues du Nigeria ont porté plainte contre les 24 prévenus, 10 femmes et 14 hommes originaires du même pays – à l’exception d’un Français – renvoyés devant le tribunal correctionnel de Lyon. La plupart d’entre eux sont poursuivis pour aide au séjour irrégulier, proxénétisme aggravé, traite d’êtres humains, association de malfaiteurs et blanchiment d’argent en bande organisée. Des faits pour lesquels ils encourent 10 ans de prison.

L’enquête de la police judiciaire a démarré à l’été 2016 avec le témoignage d’une des prostituées dénonçant le rôle de proxénète d’un pasteur de 35 ans, Stanley Omoregie, présenté comme « la clé de voûte » du réseau – c’est l’un des 11 à comparaître détenus. Aucune des victimes n’était présente à l’ouverture du procès – à l’exception d’une ex-prostituée qui s’est constituée partie civile tout en étant poursuivie par les juges d’instruction pour avoir joué les maquerelles une fois affranchie.

Une association qui leur vient en aide, L’Amicale du Nid, a mis en garde le tribunal contre une audience à risque pour les plaignantes, ce qu’ont démenti des avocats de la défense en début de procès. « On préfère qu’elles ne soient pas là » même si « c’est toujours regrettable parce que c’est la peur qui préside« , a abondé Me Carine Monzat, avocate d’une plaignante de 26 ans, en évoquant des « jeux de regard » destinés à imposer le silence.

« La sérénité des débats aurait mérité que l’on fasse l’économie de ce genre de soupçons« , a rétorqué Me Sébastien Sertelon, conseil d’un proxénète présumé à l’œuvre dans le Gard. « On peut faire une audience pénale sans les prévenus, si ça arrange les parties civiles« , a-t-il ironisé. Pour la déléguée générale de l’Amicale du Nid, Hélène de Rugy, présente dans la salle d’audience, « tant qu’on ne mettra pas en place des moyens suffisants pour protéger véritablement les victimes qui ont le courage inouï de témoigner, de porter plainte, malheureusement l’effet de tels procès sera limité« .

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