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« Éric Zemmour légitime une forme de délinquance de la pensée », selon l’historien Gérard Noiriel (MàJ)

11/09

11/09/19

09/09/19

Gérard Noiriel, historien de l’immigration s’attache dans son dernier livre, « Le venin dans la plume. Édouard Drumont, Éric Zemmour et la part sombre de la République » (La Découverte), à montrer comment la rhétorique identitaire du polémiste est comparable aux imprécations antisémites d’Édouard Drumont. […]

Les courants réactionnaires sont-ils en train de remporter la « bataille des idées » ? Assiste-t-on à un renouveau des thèses réactionnaires ? Pour en parler, Guillaume Erner reçoit l’historien Gérard Noiriel, directeur de recherche à l’EHESS, spécialiste de l’immigration et de l’histoire de la classe ouvrière. Son dernier ouvrage revient sur la place des polémistes réactionnaires dans le débat politique.

On compare souvent la situation politique actuelle à celle des années 1930. Or, dans ce livre, vous expliquez que, pour comprendre la rhétorique réactionnaire d’aujourd’hui, il faut partir des années 1880. Comment avez-vous eu l’idée de croiser ces deux figures que sont Zemmour et Drumont ? Quelles sont les ressemblances qui vous ont le plus frappé et les divergences les plus notables?

L’histoire montre que, depuis le XVe siècle et la redécouverte de l’imprimerie en Europe, les révolutions de la communication ont toujours eu des conséquences extrêmement importantes sur la vie économique, sociale et politique. L’explosion de l’Internet, des réseaux sociaux et la multiplication des chaînes d’information en continu illustrent une nouvelle révolution de ce type, comparable à celle que les Français ont connue à la fin du XIXe siècle, lorsque le triomphe de la presse de masse a provoqué une profonde restructuration de l’espace public. Je montre dans ce livre que l’important écho rencontré par des polémistes comme Drumont, à la fin du XIXe siècle, et Zemmour aujourd’hui est la conséquence de ces révolutions communicationnelles. Les années 1930 ont porté au paroxysme les effets politiques du discours antisémite de Drumont et consorts, mais c’est à la fin du XIXe siècle qu’il a été élaboré.

« Leurs “grammaires”, c’est-à-dire les règles qui sous-tendent leur discours identitaire pour dire le vrai et le faux, sont quasiment identiques »

J’avais déjà beaucoup travaillé sur les écrits d’Édouard Drumont dans mes précédentes recherches. Ce qui m’avait permis de repérer un point commun avec Éric Zemmour : le recours constant aux polémiques, aux scandales pour exister dans l’espace public. Toutefois, c’est seulement lorsque je me suis attelé à la rédaction du présent livre que j’ai comparé minutieusement les discours de ces deux polémistes. J’ai découvert alors, avec stupéfaction, que les points communs allaient bien au-delà de ce que je pensais au départ. Certes, il y a des différences indéniables dans leur prose car, aujourd’hui, on ne peut plus insulter les gens de la même manière que Drumont le faisait au XIXe siècle. Néanmoins, si l’on analyse ce que j’appelle la « grammaire », c’est-à-dire les règles qui sous-tendent leur discours identitaire pour dire le vrai et le faux, on constate qu’elles sont quasiment identiques ; sauf que Drumont s’en prend aux juifs et Zemmour, aux musulmans. […]

Le Monde

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