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“La Mer à l’envers” : La romancière Marie Darrieussecq questionne notre rapport aux migrants

14/08

Dans son nouveau roman, Marie Darrieussecq met une bobo parisienne face à un jeune migrant et signe un texte émouvant, humain, souvent drôle, sur ces moments d’héroïsme qui peuvent sauver une vie. Rencontre.

C’était là tout le temps”, explique Marie Darrieussecq au sujet des migrants, l’un des thèmes majeurs de son nouveau roman, La Mer à l’envers. “C’était là quand j’allumais la radio, quand je lisais le journal, quand je voyageais. J’ai été en Afrique, et me suis rendu compte que tout le monde voulait en partir. Pour moi, il y a trois grands sujets contemporains : la migration de masse, le réchauffement climatique et l’organisation de la surveillance généralisée. Ces trois sujets sont liés, et nous préparent à un monde pas vraiment meilleur.” […]

Ici, Darrieussecq réactive le personnage de Rose, déjà présent dans son roman Clèves (2011), qui portait sur la découverte du sexe par une gamine dans le village de Clèves (sorte d’alter ego fictif du village du Sud-Ouest où a grandi l’auteure). “J’ai décidé de ne plus inventer de personnages, précise-t-elle d’ailleurs, mais de réutiliser ceux de Clèves.” […]

Solange réapparaissait ainsi dans Il faut beaucoup aimer les hommes (prix Médicis 2013), suivant un homme qu’elle aime en Afrique, et Rose, devenue psychanalyste, devient ici le symbole d’une middle-class bobo et parisienne soudain confrontée à une tragédie qui la dépasse, celle des migrants.

Le roman commence quand Rose et ses enfants, à bord d’un paquebot le temps d’une croisière, se retrouvent une nuit nez à nez avec des migrants que le capitaine a décidé de sauver en les prenant à bord. “Dans toute l’histoire de ces croisières genre Costa, ça n’est arrivé que deux fois”, précise Darrieussecq qui avoue avoir déjà fait ce genre de croisière : “C’est le capitalisme dans ce qu’il a d’orgiaque et de plus déculpabilisé. C’est le luxe à hauteur de la classe moyenne européenne.”

Décor parfait, c’est-à-dire parfaitement ironique, pour mettre en scène la rencontre improbable entre deux univers qui n’ont rien en commun, ne se croisent d’ailleurs pas : Rose, mère de famille parisienne, et Younès, jeune migrant africain. Dans un geste spontané, à toute vitesse, Rose va lui donner le portable de son fils. […]

Marie Darrieussecq a interviewé nombre de migrants pour rendre compte de leurs trajectoires au plus près. Elle s’est rendue à Calais, “un paysage dévasté par les grilles. A un moment, j’en ai compté sept. Et puis il y a ce trou énorme sous la Manche, seulement réservé à nous, qui avons passeport et argent. C’est d’une violence terrible. A Calais, je me suis dit qu’il n’y avait plus que la magie comme solution.

Quand tu rencontres ces migrants, ça te ramène à une forme d’humilité, car il ne leur reste que la prière. Tu ne vas pas leur expliquer que Dieu n’existe pas : tu te tais et tu les écoutes.”

Et elle s’est rendue au Niger : “C’est la nasse où sont refoulés les migrants de Libye et d’Algérie. Grâce à un prêtre catholique Italien, Mauro, le seul qui essayait de les aider, avec une radio alternative, j’ai pu recueillir les récits de ces jeunes. C’est, comme on s’en doute, du lourd. Mais il y a aussi de l’humour : comme le récit d’un jeune homme qui avait réussi à passer la frontière libyenne déguisé en femme voilée. » […]

Les Inrocks

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