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« Le tourisme est l’industrie permettant à des voyageurs de jouir le plus confortablement possible du spectacle du monde »

27/07
Par Sylvain Venayre, auteur de Panorama du voyage: 1780-1920. Mots, figures, pratiques (Les Belles Lettres, 2012). L’historien Sylvain Venayre démontre que la protection du paysage contre la dégradation touristique est une préoccupation ancienne des élites voyageuses.

Sans doute, pour les premiers praticiens du voyage d’agrément – ces élites du XVIIIe siècle dont le « Grand Tour » européen allait donner son nom au tourisme –, il s’agissait moins de partir contempler la nature que les productions artistiques humaines. Le but de leur voyage était d’abord ces villes italiennes, pleines des chefs-d’œuvre de l’Antiquité et de la Renaissance. Le désir des paysages naturels ne vint que plus tard, lorsque s’affinèrent les modalités d’appréciation de la nature. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, les nouveaux codes du sublime et du pittoresque supplantèrent ceux de la « belle campagne » telle que l’âge classique l’avait célébrée.

Les touristes en partance pour l’Italie furent alors de plus en plus nombreux à opérer un détour par la Suisse. Face aux Alpes, ils pouvaient faire l’expérience de la communion avec une nature tantôt grandiose, tantôt charmante, où se mêlaient spectacles changeants et cette forme d’effroi désirable que popularisèrent les premiers « alpinistes ».

A cette époque, la pollution était d’abord visuelle. C’était celle des pauvres et des imbéciles. Pour l’élite voyageuse qui disposait de l’argent, du bon goût et du temps libre, la foule constituait une entrave à la jouissance. Inventés à l’été 1847, les « trains de plaisir » inquiétaient : la multiplication des voyages populaires n’allait-elle pas altérer les charmes de la nature ?

Ancien sous-préfet de Carpentras (c’est lui qui inspira à Alphonse Daudet le personnage du « sous-préfet aux champs » des Lettres de mon moulin) et habitué des paysages de Luchon, Stéphen Liégeard craignait ainsi dans les années 1870 que leur poésie « disparaisse à bref délai sous la victuaille du pique-nique de banlieue ». Pour ce personnage méprisant, qui baptisa en 1887 la Riviera française du nom de « Côte d’Azur », le problème n’était pas celui, si actuel, des canettes en aluminium et des sacs en plastique abandonnés.

Le problème, c’était le peuple. L’« industrie touristique » (l’expression apparut dans les années 1860) passait par de grandes infrastructures de transport, dont les gares de chemin de fer n’étaient que l’exemple le plus visible. En 1894, le syndicat d’initiative du Dauphiné et le PLM (la Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée) mirent en place dans le massif de la Grande-Chartreuse des excursions en « car alpin », grande voiture ouverte tirée par des chevaux, grâce auxquelles il était désormais possible d’admirer le paysage de la montagne sans être nécessairement en bonne condition physique. […]

Le Monde

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