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Corée du Nord : c’est la Berezina économique

Fév
2010

La famine a fait sa réapparition dans certaines régions. Elle est la conséquence de la réforme monétaire initiée à l’automne 2009.

2007 : tentative de transformation d'un marais en terre agricole à Yomju, au nord de Pyongyang

La Corée du Nord serait victime d’une importante inflation et d’une pénurie de marchandises, conséquences inattendues des mesures prises lors de la réforme monétaire [dévaluation] de novembre 2009 qui visait à resserrer le contrôle du marché.

Les ouvriers ne seraient plus payés, et la situation serait beaucoup plus préoccupante que certains analystes le craignaient, la famine faisant même des morts.

D’après des sources nord-coréennes et chinoises installées à Dandong, ville chinoise située près de la frontière nord-coréenne, le prix du riz, fixé à 30 wons [2 centimes d’euro] le kilo par le régime de Pyongyang lors de la réforme, atteindrait 300 wons dans la ville de Sinuiju [située en face de Dandong], voire 40 000 wons dans les régions plus isolées. Un kilo de viande de porc, qui vaut officiellement 45 wons, s’achèterait 800 wons, un paquet de cigarettes à 20 wons se paierait 300 wons.

Comme les prix augmentent chaque jour, les Chinois ou les Nord-Coréens qui font du commerce entre les deux pays attendent avant de mettre leurs marchandises sur le marché, ce qui fait monter encore plus les prix et donne naissance à un véritable cercle vicieux.

“Si on attend un jour, on fait plus de bénéfices. Du coup, les gens ne veulent pas vendre. Mes confrères nord-coréens en font autant. Ils viennent acheter en Chine, mais ils ne revendent pas tout de suite chez eux”, explique un commerçant chinois.

“J’ai un parent à Sinuiju. Il voulait que je lui envoie du riz. Il disait que, même dans cette ville, il y avait des gens qui mouraient de faim. J’avais entendu parler de ce genre d’histoire pour les campagnards, mais jamais pour les habitants de Sinuiju, qui s’approvisionnent assez facilement à Dandong [les deux villes étant reliées par un pont]. Cela prouve que la situation est plus grave qu’on ne le pense”, ajoute un autre.


Pyongyang a fixé la parité du dollar à 98 wons. Mais le taux de change atteignait 4 000 wons au marché noir, et 1 dollar vaut aujourd’hui 10 000 wons à Sinuiju – “80 000 wons à Sinuiju et 50 000 wons à Pyongyang”, avance même un homme d’affaires chinois.

Autrement dit, la monnaie nord-coréenne ne vaudrait presque plus rien. “Les banques nord-coréennes qui ne traitaient que les opérations en monnaie locale procèdent désormais au change. Mais le contrôle est très strict. Un étudiant qui voulait changer 10 dollars et qui n’a pas su expliquer leur provenance a été chassé de son université et envoyé en centre de rééducation”, raconte un commerçant chinois.

Lors de la mise en place de la réforme monétaire, le gouvernement avait annoncé une forte augmentation des salaires. Or ceux-ci ne sont même plus payés. Les paysans et les ouvriers qui attendaient beaucoup de ces mesures se sentent aujourd’hui perdus et sollicitent l’aide des autorités. Mais ces dernières n’ont plus de moyens financiers.

D’après Yi Man-yong, du Centre de recherche sud-coréen sur l’économie moderne, “la réforme monétaire n’a pas suffi pour sauver une économie déjà marquée par la pénurie générale. En voulant par ailleurs contrôler le marché, le régime a provoqué cette inflation aux conséquences graves.”

Courrier International

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