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« Refuser les flux de migrants, c’est se retrancher dans un bunker »

04/07

[…] Notre monde gagnerait à faire tomber les barrières qui séparent les peuples. […] À la frontière entre les États-Unis et le Mexique, les mesures « d’urgence » de Donald Trump face au flux de réfugiés ont conduit à incarcérer des enfants et faire planer la menace d’une guerre commerciale. En Libye, à présent en première ligne de la crise migratoire européenne, des personnes sont détenues dans des conditions atroces, et les Nations unies redoutent que la Méditerranée ne devienne une « mer de sang », à l’heure où les coupes budgétaires et les mesures restrictives se multiplient à l’encontre des navires de sauvetage des migrants.

Un état d’urgence chronique affecte aujourd’hui la politique frontalière des pays occidentaux. Toutefois, notre point de vue sur l’origine de cet état de fait reste trop étriqué. Les politiques de crise doivent être comprises dans le contexte du remodelage de la relation entre les puissances occidentales et leurs éternelles « arrière-cours ». L’objectif est à présent de tenir le danger à distance à tout prix, pour ne pas l’avoir sous les yeux ni à l’esprit. Près de vingt ans après le 11 septembre, notre monde est hérissé de barrières : zones vertes et rouges, sécurité et danger, citoyens et intrus. […]

À Lampedusa, en 2015, avant que l’Italie ne ferme ses ports aux navires de sauvetage, j’ai vu des Africains pris en charge par du personnel en combinaisons de protection, qui vérifiait qu’ils n’avaient pas la gale avant de les expédier dans des centres « d’accueil » ceints de hauts murs. Dans les zones dangereuses comme le Mali en guerre, j’ai rencontré des soldats européens retranchés derrière de semblables murs tandis que les insurgés écumaient l’arrière-pays.

Les cartes creusent encore ce fossé. Aux actualités, les médias font de la Syrie et du Sahara des lieux hantés par des djihadistes surhumains, et des taches rouges désignant les zones « à éviter » maculent les planisphères comme des gouttes de sang, tandis que les agences frontalières et les think tanks y ajoutent des flèches menaçantes illustrant les flux migratoires ou les réseaux de contrebande. Leurs cartes parlent d’un danger qui gagne du terrain ; à les croire, pour reprendre les mots de Joe Biden, l’ex-vice-président des États-Unis, les « loups » sont à nos portes. […]

The Conversation

Merci à Hypatie

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