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Bobigny (93) : des enseignants d’extrême-gauche accusés de semer la terreur au collège République

01/07

Sauf que des élèves aussi sont victimes de dérapages, parfois extrêmement graves. L’un des deux enseignants sanctionnés par un blâme a écrit au feutre rouge sur le tableau : «Vous êtes des porcs sans avenir.» Une faute qu’il «regrette profondément», indique-t-il à Libération. Dans un rapport écrit pour l’administration, il explique avoir «craqué psychologiquement» au bout de cinquante minutes «de bruit, de saletés, d’insolence et de mépris» dans sa classe. Il ajoute avoir écrit cela en «espérant que les élèves comprennent qu’ils étaient allés beaucoup trop loin». Awa se souvient du moment. «Je me suis levée pour lui dire que ce n’était pas possible.» Un professeur arrivé récemment : «Ici, des profs dérapent sans même s’en rendre compte. Ils savent qu’ils seront, quoi qu’il arrive, soutenus par les collègues SUD. Quand j’ai été nommé dans l’établissement, je me souviens de ce discours, le bras sur l’épaule : « C’est normal de craquer, c’est dur ici. Si ça ne va pas, tu laisses la classe, tu te préserves. C’est ton bien-être le plus important. »»

«Ce collège, c’est n’importe quoi, mais vraiment.» Awa (1), 15 ans, a beaucoup hésité avant de raconter. «Entre nous, on en parle beaucoup. Mais pas aux adultes. Ça sert à rien, ça va continuer.» Le souvenir est précis dans sa mémoire. Elle est en classe de cinquième à l’époque. Un jour qu’elle chahute avec un copain, une enseignante la «baffe» en plein cours. «La prof s’est excusée en pleurant auprès de ma mère, mais vu qu’elle ne comprend pas bien le français, bon… Elle nous a eus comme ça.»

Une autre fois, c’est un professeur de sport qui pousse un élève agité contre un parapet en béton. «Dans ce collège, ça dérape de partout. C’est le fonctionnement normal ici», prévient un enseignant. Nous sommes au collège République de Bobigny, en Seine-Saint-Denis, à quelques kilomètres de Paris. L’établissement, en éducation prioritaire (REP+), compte 61 % de boursiers. C’est un bastion du syndicat SUD, toujours en pointe dans les luttes pour défendre les intérêts des élèves défavorisés. Mais ce qui s’y passe à huis clos leur est très nuisible : des professeurs se déchirent depuis des années, divisés en deux camps qui s’affrontent avec une rare violence. Pour les élèves, ce sont des centaines d’heures de cours perdues à cause d’un absentéisme anormalement élevé.

Les informations et témoignages que nous avons recueillis au cours de cette enquête déroutent autant qu’ils interrogent. Comment la situation a-t-elle pu s’envenimer à ce point ? Pourquoi l’administration n’a-t-elle pas agi plus tôt ? De bout en bout, l’histoire de cet établissement et la façon dont l’affaire sort aujourd’hui sont hors du commun.

Au collège République, le personnel est donc divisé en deux clans, l’ambiance digne d’une trame de téléfilm. «On dirait les Montaigu et les Capulet», glisse une enseignante terrifiée. Certains s’expriment à visage découvert et avec assurance, sous leur bannière rouge et noire : ce sont des enseignants adhérents à SUD éducation. Ils sont une quinzaine dans cet établissement. Syndicalistes chevronnés, ils se battent pour obtenir plus de moyens pour enseigner. Avec succès : République est l’un des collèges les mieux dotés de l’académie de Créteil. République est «leur» collège. Certains sont dans les murs depuis plus de vingt ans.  (…)

«On est membres du conseil d’administration, on est très engagés dans la vie du collège. On ne comprend pas ce qu’on peut nous reprocher»,expliquent Sabine et Caroline. Quand on les rencontre dans un café parisien, elles ont un carton de lettres de soutien de parents et collègues sous le bras. Elles se présentent comme «réprimées syndicales». Le 28 mars, elles ont reçu une lettre recommandée du rectorat les informant de leur «mutation dans l’intérêt du service» dans un autre établissement à la rentrée. Ce n’est pas une sanction au sens juridique, mais pour elles, cela ne fait aucun doute : «Comment l’interpréter autrement ? Nous n’avions aucune envie de changer d’établissement.» Deux autres de leurs collègues-amis ont écopé d’un blâme pour des faits précis à l’égard des élèves. (…)

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