Nos obligations professionnelles et familiales nous conduisent à suspendre l’activité de Fortune durant la période estivale.
Afin d’assurer concrètement la continuité du blog, nous rediffuserons, dès demain et jusqu’à fin août, les vidéos et les articles les plus marquants publiés au cours de l’année. Cette rétrospective, ainsi que les liens figurant dans la colonne de droite, devraient permettre à chacun d’entre vous d’assurer sa propre information sur des sujets que nous estimons avoir débroussaillés.
L’ensemble des fils restera ouvert aux commentaires mais, du fait de notre éloignement et par mesure de précaution, toutes les interventions seront placées en «attente de validation». Nous les consulterons régulièrement et publierons tous les messages respectant la courtoisie et la charte générale de FDS.
Le 15 septembre 2009, dans le contexte médiatique optimiste de la « Presse-Pravda », comme l’appelle Patrick Reymond, annonçant la reprise économique pour très bientôt, Fortune ouvrait ses portes. Nous étions alors deux à travailler à ce projet depuis quinze jours, Janus nous ayant rejoints peu de temps après.
Sur Fdesouche, François présentait le site en écrivant, notamment:
« Notre conviction est que cette crise est durable et qu’elle va entraîner des bouleversements sociaux et politiques considérables. (…) La crise est une opportunité, par la réinformation de ses spectateurs, de provoquer chez eux une vaste prise de conscience. D’où l’intérêt de rendre visibles et compréhensibles les événements, afin de permettre à chacun d’envisager des précautions à prendre pour son avenir et de réfléchir à des alternatives possibles au mondialisme économique, qu’il soit néolibéral ou d’inspiration marxiste. »
Neuf mois après, Fortune a accouché d’un succès qui nous a étonnés, avouons-le. Nous ne nous attendions pas à pareil résultat, en démarrant une entreprise aussi hasardeuse, dans un domaine aussi technique et peu goûté du grand public.
Quelques chiffres : 860.000 visiteurs uniques au compteur, 3.000 visiteurs quotidiens, depuis le mois de mai une fréquentation diurne permanente de 30 à 120 personnes, près de 1.900 articles publiés, plus de 22.000 commentaires…
Il est amplement démontré que les médias dominants diffusent un discours qui ne correspond que d’assez loin, voire aucunement, à la réalité : tant en ce qui concerne la prétendue « reprise » qu’en ce qui a trait aux statistiques (notamment, celles de l’emploi et de l’endettement, mais aussi celles de la finance, etc.), que quant aux raisons et aux remèdes à la crise qui, pour certains, n’est toujours que « financière » ; les nouvelles sont toujours « inattendues », inférieures ou supérieures « aux attentes du consensus »…
Certaines informations présentées comme primordiales à telle date, cessent d’exister quelques jours plus tard (le volume des produits dérivés, la soi-disant avalanche de créances toxiques en Europe de l’Est, Dubaï, l’Islande…), accréditant la thèse de manipulations médiatiques de grande ampleur; sans parler d’événements radicalement passés sous silence (le caractère artificiellement bas du cours de l’or, la sous-estimation des dettes des États-Unis, la situation réelle des hedge funds et des paradis fiscaux, les véritables décisions internationales quant à une prétendue « régulation » de la finance et de la spéculation…).
Nous avons, par ailleurs, tenté de montrer que le néolibéralisme, comme les solutions d’inspiration marxiste, ne sont pas des remèdes, mais des causes de la crise, si bien qu’une autre voie est nécessaire, quitte à envisager des rapprochements avec une certaine gauche, à nos yeux plus clairvoyante sur bien des sujets (l’origine de nombreux articles nous le démontre), même si, en général, il lui manque encore une véritable pensée de la notion d’identité.
Les libéraux de toutes tendances ne sont manifestement pas majoritaires parmi les lecteurs de Fortune, mais certains commentaires provocateurs nous ont confirmé que nous avions touché là un point sensible.
Nous nous permettons d’exprimer notre satisfaction sur ce point qui nous tient à coeur, d’autant plus que les délirantes accusations de « communisme » dont le site a fait l’objet par moments, ne reposent sur rien de concret. Où sont les commentateurs gauchistes louangeurs pour notre ligne éditoriale ? Où sont les articles prônant le collectivisme ? S’opposant à la liberté d’entreprendre, en-dehors des activités régaliennes, industriellement stratégiques ou relevant de risques technologiques impossibles à laisser au secteur privé ? Bref, il n’y a rien, sauf des fantasmes et des caricatures.
Par-delà cette crise, nous avons évoqué des faits, géopolitiques, écologiques, diplomatiques, psychologiques, historiques, sanitaires, etc., qui constituent le « Grand Jeu » opposant ce que le site Dedefensa appelle « forces déstructurantes » et « forces structurantes », en action dans le maelström des évolutions en cours.
Le fait que le marasme soit durable, que ses conséquences dépasseront tout ce que l’immense majorité de ses commentateurs avaient pu imaginer il y a peu, qu’il s’agit, de fait, d’une crise majeure de civilisation, d’une crise du modèle mondial « social-libéral », ou « américaniste » comme a pu le nommer Philippe Grasset, est aujourd’hui une évidence pour beaucoup.
Le fiasco du libre-échangisme promu par les économies occidentales surendettées, mais exploité par l’Asie « émergente » et aboutissant à un basculement rapide de l’économie-monde, notamment vers la Chine comme a pu l’expliquer Michel Drac, doublé de l’échec de ce que Jean-Claude Werrebrouck appelle les « entrepreneurs politiques », dans leur volonté d’acheter leurs succès électoraux en même temps que la paix sociale permettant de mutualiser sous anesthésie les pertes dues à la prédation des commanditaires, pointée par Jacques Sapir comme par Polémia notamment, sont désormais plus qu’annoncés : leurs progrès peuvent être constatés au quotidien.
Notre dernier sondage a illustré, sans appel, l’ampleur de l’espoir, comme des craintes, que cette situation sans précédent suscite parmi nos lecteurs – comme parmi nous, d’ailleurs.
Pour notre part, en tant qu’équipe, nous sommes convaincus de ce que, comme les deux faces d’une médaille, ces deux aspects ont vocation à croître dans la suite des événements et, comme toute anticipation collective, à s’incarner.
L’avenir ne nous paraît donc, au-delà de nos sensibilités et réflexions personnelles, ni totalement sombre, ni, certes, entièrement souriant. Toutefois, notre propos n’est pas de jouer les augures ou de nous poser en sages ayant tout compris et tout expliqué de la crise.
Nous voulions illustrer, décrypter, collecter des renseignements et des idées, donner des sources, susciter des débats : c’est fait. Souvent, devons-nous ajouter, au prix de lourds sacrifices quotidiens de notre vie privée et même professionnelle : la tâche est réellement écrasante (ceux, parmi nos lecteurs, qui animent ou ont animé des blogs, peuvent comprendre de quoi nous parlons).
Nous n’entendons faire de reproche à personne, néanmoins, il est bien connu que dans toute action, 99% du travail est fourni par 1% des militants.
Nous remercions François et les administrateurs de FDS, sans lesquels rien n’aurait pu être accompli.
Nous remercions également Patrick Reymond, Michel Drac, Roberto Fiorini, Charles Antoni, Jean-Pierre Crépin, Denissto, dont les tribunes libres et les imprimatur ont considérablement enrichi le contenu du site.
Nous remercions aussi Septime et Gabriel, nos uniques contributeurs occasionnels, auxquels des contraintes personnelles importantes n’ont malheureusement pas encore permis de donner la pleine mesure de leurs talents, après quelques aperçus prometteurs.
Nous tenons à remercier tout particulièrement nos « informateurs » (Léonidas, Pakc, SPOILER, Gérard le Savoyard, Boreas, Monsieur X, Christopher Johnson, Virtus & Honor…) qui, en nous transmettant quotidiennement des renseignements et des liens, nous mettent sur la piste de nouveaux sujets à traiter.
Nous vous remercions enfin, vous, lecteurs, occasionnels ou réguliers, de votre intérêt et de vos éventuels commentaires.
Maintenant, si vous estimez que quelque chose soit à faire qui vous concerne, qu’il s’agisse d’objectifs personnels ou collectifs, de préparation individuelle ou d’actions de solidarité, d’actions solitaires ou en réseaux, nous vous souhaitons un bon travail, un bon été et surtout… une bonne crise.
Cordialement,
€ric, H€nri et Janu$
