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« Le problème de l’Afrique est culturel avant d’être économique »

31/05

Ferghane Azihari est analyste en politiques publiques. Il collabore notamment à l’Institut de recherches économiques et fiscales (IREF).

[…] Les dynamiques démographiques couplées à ces insuffisantes performances économiques font que l’Afrique subsaharienne est l’une des rares régions où la pauvreté a progressé ces dernières années en valeur absolue. Il est tentant de céder à la facilité du facteur historique, en blâmant les impérialismes d’hier qui, il est vrai, n’ont pas plus profité aux pays dominés qu’ils n’ont servi les métropoles coloniales. L’argument historique ne résiste cependant plus aux progrès de nombreux pays partis de rien.

[…] À l’inverse, de nombreux pays africains ont vu leur situation se dégrader depuis leur indépendance. Les quelques succès africains, comme le Botswana et l’Île Maurice, se comptent encore hélas sur les doigts d’une main. Inutile de se réfugier dans la géographie, la géologie ou l’émigration des forces productives du continent noir pour expliquer sa stagnation: une grande partie des déboires africains est causée par la mentalité anti-capitaliste et l‘hostilité à l’Occident, qui prévalent depuis la fin de la colonisation.

La plupart des intellectuels affiliés aux mouvances nationalistes et anti-impérialistes africaines ont été influencés par le catéchisme marxiste-léniniste. Autrement dit, le problème de l’Afrique est culturel avant d’être économique. La plupart des intellectuels affiliés aux mouvances nationalistes et anti-impérialistes africaines ont été influencés par le catéchisme marxiste-léniniste. Les disciples de Lénine ont fini de convaincre les élites africaines que l’économie de marché était un complot occidental destiné à asservir le Tiers-monde.

[…] Pour certains, ajouter la lutte des races à celle des classes prévaut sur l’importation des traits culturels les plus solubles dans la prospérité. Surtout si ces traits proviennent d’anciennes métropoles coloniales…

Ce discours racialiste a d’autant plus de résonance qu’il est incorporé aux écoles de pensée post-coloniales dont l’autorité se répand en Europe et aux États-Unis. Ces écoles assimilent les prétentions universalistes de la culture libérale occidentale à une vile domination heurtant l’identité profonde des Africains. Comme si les peuples n’étaient pas fondés à troquer leurs traits culturels les moins utiles au profit de l’importation de cultures de qualité supérieure. Dans ces conditions, on attend avec impatience que les Européens se défassent des chiffres indo-arabes pour revenir aux lourdeurs de la numération romaine…

L’anti-capitalisme alimenté par les sentiments hostiles à l’Occident est d’autant plus paradoxal qu’il condamne le continent noir à vivre sous l’assistance des puissances honnies. «Le fardeau de l’Homme blanc», pour reprendre le titre de l’ouvrage de William Easterly, devient l’horizon exclusif de la lutte contre la pauvreté à travers la mise en oeuvre d’une «aide» au développement inefficace aux relents paternalistes.

Ce paternalisme est d’autant plus pervers que les dépendances qu’il induit parasitent toute remise en question des institutions qui entravent le développement du continent. À l’heure où les flux migratoires sont de moins en moins tolérés par les opinions publiques occidentales, déconstruire les idéologies qui empêchent les Africains de prospérer sur leurs terres natales devient pressant. Qui aura le courage de s’attaquer à se vaste chantier culturel?

Le Figaro

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