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Luc Multigner (INSERM) : « en fonction des origines des populations certains cancers sont plus fréquents que d’autres »

18/05

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Le chlordécone est-il cancérigène pour l’homme ?

Luc Multigner : « Oui, le chlordécone est cancérigène de manière générale. Le chlordécone a un potentiel cancérigène, cela a été démontré clairement chez l’animal de laboratoire. Pour l’homme, des travaux réalisés ces dernières années, en particulier aux Antilles, montrent qu’effectivement, l’exposition au chlordécone entraîne un sur-risque de survenue du cancer, de la prostate en particulier ».
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Le nombre élevé de cancers de la prostate aux Antilles est-il dû au chlordécone ?

Luc Multigner : « Non, la sur-incidence du cancer de la prostate aux Antilles comparé aux valeurs qu’on a en France métropolitaine est en grande partie expliquée par les origines des populations. Il faut savoir qu’en fonction des origines des populations, certains cancers sont plus fréquents que d’autres et par exemple, les populations antillaises ont plus de cancers de la prostate mais moins de cancers du sein. Des études spécifiques montrent qu’il y a un sur-risque. Autrement dit, il y a plus de chances de développer un cancer de la prostate lorsqu’on est fortement exposé au chlordécone comparé à ceux qui le sont moins ».

[…]Les autorités américaines, en 1960, avaient interdit son utilisation sur le territoire américain pour des cultures à usage alimentaire. Ils connaissaient déjà, en 1960, la dangerosité de la molécule. C’est une société française qui racheta le brevet de la molécule qui se mit à produire la molécule et à obtenir en 1981 l’autorisation d’usage pour lutter contre les nuisances de la culture de banane. À partir de cette époque, la seule région du monde où cette molécule a été employée, ce sont les Antilles françaises.
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Luc Multigner : Malheureusement, le chlordécone est toujours présent, c’est une substance qui ne se dégrade pas spontanément dans l’environnement, il va falloir un peu près cinq siècles pour que le chlordécone qui pollue ces sols disparaisse. Ce qui est tragique, c’est que cette résistance du chlordécone était connue bien auparavant. En 1980, l’Inra avait montré que de nombreux biotopes de la Guadeloupe étaient extraordinairement pollués par cette substance. En 1981, les autorités ont renouvelé l’autorisation de cette molécule jusqu’en 1993. Le chlordécone va rester là pendant longtemps et ce qu’il y a à faire, c’est éviter que la population puisse s’alimenter avec des denrées alimentaires contaminées. Ce sont des enjeux sanitaires importants, mais aussi économiques, puisque cela impacte fortement l’agriculture et la pêche, en particulier la pêche sur le littoral.

France Culture

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