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Une journaliste de Slate souhaite « tuer » symboliquement la Parisienne blanche pour la remplacer par la Parisienne « issue de la diversité »

04/04

Chic, snob, impertinente, irrésistible, la Parisienne est surtout très… blanche. Il est temps de poser la question qui fâche.

(…) Référence stylistique pour les unes, création fictionnelle pour les autres, cette Parisienne est en tous cas un produit made in France qui cartonne à l’export, au coude-à-coude avec le camembert AOC au lait cru ou le cognac VSOP. Sur Instagram, le hashtag #parisienne comptabilise plus de 2,6 millions d’occurrences! Un rapide tour d’horizon des photos postées sous ce mot-clé montre que l’archétype fille-sexy-à-béret rassemble des images venues du monde entier et pas seulement géolocalisées à Montmartre, South-Pigalle ou Saint-Germain-des-Prés. Car qu’elle habite Rennes, Los Angeles ou Dubaï, cette Parisienne est devenue internationale et virale. «Parisienne», c’est un slogan sur un sweat-shirt, un total look, mais surtout un état d’esprit.

(…) Mais à y regarder de plus près, quelque chose ne tourne pas rond. Toutes ces Parisiennes chic et sexy sont certes minces, bien coiffées, mais surtout elles sont… blanches. Pas une seule n’est «issue de la diversité», comme on dit pudiquement. Parmi ces influenceuses populaires qui travaillent régulièrement pour des marques de luxe ou de fast fashion, pas une seule fille noire. Pourtant, une enquête de terrain sur la ligne 4 du métro nous prouve par A+B que la Parisienne est bien métisse, diverse. Elle arbore parfois une manucure XXL. Ne fait pas toujours du 38 «from-top-to-toe». Et ose même porter des leggings en journée, alors que tout le monde sait bien que c’est interdit –sauf si on a cours de yoga. Bref, elle ressemble plus à Rihanna qu’à Jeanne Damas.

(…) Pour Rokhaya Diallo, si le stéréotype de la Parisienne est avant tout celui d’une femme blanche, c’est parce que «la France est un vieux pays, avec une aristocratie ancienne et des pratiques culturelles de raffinement héritées de cette époque. Paris est depuis longtemps le lieu de toutes les modes, avec des codes déterminés par la classe dominante. Avec cette Parisienne, ce que l’on nous vend, c’est une France de carte postale, une France de fantasmes. Notre pays est très conservateur et reste attaché à une mythologie, la fabrication d’une France passée. En réalité, c’est une vision complètement rétrograde».

Pour elle, c’est être vraiment déconnecté de la réalité que de s’adresser seulement à une catégorie de la population, celle de la France bourgeoise et blanche: «La France est le pays d’Europe dans lequel il y a le plus de Noirs et c’est aussi le deuxième pays au monde en terme de production hip-hop, pourtant les Noirs ne sont pas visibles. Mais les choses avancent, regardez le phénomène Aya Nakamura.»

(…) On attend logiquement la couverture d’un grand féminin, même si le milieu chuchote que «les Noirs en couverture ça vend moins bien» (officieusement, on parle de -30%). Certifiée double platine dans l’Hexagone, Aya Nakamura cartonne aussi à l’étranger, notamment aux Pays-Bas où elle est première artiste féminine depuis Edith Piaf à décrocher la place de numéro 1. Piaf! Le symbole est fort. Et si le succès de cette fille venue de banlieue venait régénérer la figure mythique de la Française par excellence, celle des faubourgs de Paris? Piaf, la gouaille, tout ça? Et si la ghetto Aya, avec ses punchlines en argot, ses looks too much et son allure de reine, arrivait à «tuer» (symboliquement s’entend, hein) la bourge Inès?

(…) Slate.fr

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