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Des salariés du magazine Vice auraient mis en place un «quotas de singes», évoquant le nombre d’employés de couleur noire

13/03

«Bon cul», «salope», «pétasse»… A «Vice», des mecs plus qu’ultras

Dans la filiale française du média nord-américain, des hommes, en grande partie des journalistes, ont longtemps dénigré, insulté et harcelé leurs collègues femmes. «Libération» a recueilli les témoignages de victimes de ce système sexiste généralisé dans l’entreprise.

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«Ambiance pourrie»

Plusieurs hommes de l’entreprise sont pointés du doigt, dont un groupe d’une dizaine d’individus de la rédaction se surnommant «les Darons» dans une discussion Facebook privée, dont l’existence a été révélée par l’Express le 11 février, dans le sillage de l’affaire de la «Ligue du LOL». Ces témoignages écrits les accusent d’avoir instauré un climat général délétère à Vice France, fait de domination masculine et d’humiliation des femmes, principalement au sein de la partie éditoriale du média (Vice compte plusieurs divisions : l’éditorial, la pub, le commercial, la production vidéo…). Une ambiance pourrie, dont l’accumulation des faits relève au moins d’un harcèlement sexuel dit «environnemental» : il est caractérisé par le code du travail quand certaines femmes sont directement et personnellement visées «par des propos et des comportements à connotation sexuelle répétés» ou ont subi ce harcèlement par le biais de «situations intimidantes, hostiles et offensantes» même si elles n’étaient pas explicitement attaquées.

Libération a eu accès aux témoignages recueillis à l’époque par la DRH. A leur lecture, on découvre une entreprise où pleuvent sans arrêt, à voix haute, les remarques sexistes, méprisantes, agressives, déplacées, injurieuses. «L’environnement de travail était franchement hostile, écrit ainsi Amandine. J’ai dû supporter les remarques insultantes sur mes collègues femmes, claironnées à longueur de journée : « Gilles a idéalisé Sarah jusqu’au jour où il a tapé dedans », « elle n’a pas le temps de travailler avec toutes les bites qu’elle avale », « elle fait que chialer elle n’a aucune volonté », « chaque jour les meufs d’i-D [le site mode de Vice France, ndlr] devraient avoir honte d’être nées », « c’est tellement facile de baiser Daphné que je comprends pas que certains essaient encore ». Voilà des exemples de choses charmantes qu’a pu prononcer mon supérieur hiérarchique [Sébastien C., ndlr] devant moi, au milieu des « salope », « pétasse », « gourdasse » que je ne relevais même plus.» Amandine assure avoir fait elle-même l’objet de commentaires de la part de plusieurs collègues tels que «bon cul, belle recrue» et «alors, tu [ne] mets plus de pantalons qui te moulent la chatte ?»

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Jusqu’où ces structures de pouvoir et domination ont-elles dérapé ? Dans cette communauté de travail où l’intime et le professionnel se mélangent allègrement, les rumeurs d’attouchements et d’agressions abondent, souvent difficiles à vérifier. Cependant, un comportement abusif a été confirmé par plusieurs sources au cours de notre enquête. Il vise S., journaliste et membre des «Darons», qui a quitté Vice fin 2017. Selon un témoignage adressé à la DRH, celui-ci «semble prendre plaisir à mettre les filles mal à l’aise, comme lorsqu’il dit avec beaucoup de fierté s’être amusé à sortir son sexe et à le passer sur les bureaux de ses collègues». Deux sources confirment à Libération avoir assisté à ce genre d’exhibition ou en avoir vu des images. Par ailleurs, deux femmes affirment avoir subi des attouchements sur les seins et les fesses sans leur consentement sur le lieu de travail. «S. accueillait régulièrement les filles, dont moi, à son bureau en leur pinçant les tétons avec un sonore « pouet pouet » ou mettait des mains aux fesses en souriant, sans rien dire et devant tout le monde. Ses cibles étaient plutôt les filles qui venaient en soirée, les filles avec qui il pouvait se marrer au boulot, ou partir en pause clope, ce genre-là», confie Manon (1), ex-salariée en CDI. «A chaque fois je le repoussais violemment en disant « putain casse-toi, t’es con » mais finalement, je passais très vite l’éponge, poursuit-elle. A l’époque, je n’avais pas conscience de la gravité des faits. Ça faisait partie du personnage de S., c’était son running gag, c’était normal, tout le monde l’avait accepté et moi aussi.»

«Quotas de singes»

Même scénario du côté de Bérénice : «Je lui ai dit à plusieurs reprises qu’il fallait qu’il arrête. Mais s’y opposer ouvertement, c’était passer pour la relou de service sans humour, qui s’offusque pour un rien et qui ne comprend vraiment pas le délire Vice», constate-t-elle. Ni Manon ni Bérénice n’ont porté plainte ou signalé ces faits à leur hiérarchie. Toutes les deux expliquent n’avoir jamais pensé que ces agissements pouvaient relever de la qualification d’agression sexuelle. Contacté par Libération, S. conteste avoir commis toute infraction sexuelle. «Je ne me souviens pas d’avoir été malveillant. Je jouais un personnage de beauf, de gros lourd, mais les gens savaient que j’étais au second degré», se défend-il.

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Dans son témoignage transmis à la DRH, Amandine raconte aussi avoir entendu parler de «quotas de singes à Viceland»pour évoquer le nombre d’employés de couleur noire dans la filiale. Deux autres témoins confirment ses dires.

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L’article dans son intégralité sur Libération

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