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Histoire : Assassins, la secte médiévale qui a inventé le terrorisme

21/01
« Ce vieillard, qui se nommait Alaodin, entretenait hors de ce lieu certains jeunes hommes courageux jusqu’à la témérité, et qui étaient les exécuteurs de ses détestables résolutions. Il les faisait élever dans la loi meurtrière de Mahomet, laquelle promet à ses sectateurs des voluptés sensuelles après la mort. Et afin de les rendre plus attachés et plus propres à affronter la mort, il faisait donner à quelques-uns un certain breuvage, qui les rendait comme enragés et les assoupissait. »

Ainsi Marco Polo, qui avait voyagé en Orient, décrivait-il la stratégie machiavélique de Hasan-i Sabbah, chef d’un groupe politico-religieux resté dans l’histoire sous le nom d’« Assassins ». Après leur avoir fait entrevoir, sous les effets d’une drogue, les délices du paradis destinés aux martyrs de l’islam, il envoyait ses guerriers fanatisés commettre des attentats, dont ils avaient peu de chance de sortir vivants.

Mais avant d’entrer dans la légende par le biais de récits populaires, les Assassins constituèrent l’un des multiples groupes issus du chiisme, et il convient de remonter aux premiers temps de l’islam pour comprendre leur histoire. […] D’après Marco Polo, le chef des Assassins faisait boire un breuvage aux jeunes gens qu’il instruisait au maniement des armes, obtenant ainsi un pouvoir absolu sur leur volonté. […]

La légende prétend que les sbires de Hasan-i Sabbah agissaient sous l’effet de la drogue. Le terme d’Assassins, qui en vint à désigner le mouvement, viendrait de l’arabe hashishi, « buveur de haschisch ». La décoction de cannabis que le maître faisait boire à ses disciples pour qu’ils entrevoient les délices du paradis les aurait incités à rechercher le martyre. Il n’existe cependant aucune preuve qu’ils consommaient de la drogue : c’est sans doute pour les déprécier que les autres musulmans en vinrent à les traiter de « drogués ». Les sources médiévales les désignent plutôt sous le vocable de fida’iyyun, « ceux qui sont prêts au sacrifice », que l’on retrouve aujourd’hui pour désigner les « fedayins » de certains mouvements politico-militaires.

L’épithète hashishi, dont dérive le français « assassin » par assimilation avec les pratiques meurtrières des nizarites, apparut en Syrie. Dès le début du XIIe siècle, les missionnaires d’Alamut s’y emparèrent d’une série de places fortes, à partir desquelles ils continuèrent de planifier leurs assassinats politiques, visant tant les Ayyubides que les croisés de la côte levantine. Le plus célèbre de ces nizarites syriens, Rachid al-Din Sinan, avait étudié dans sa jeunesse à Alamut, où il était devenu un proche compagnon d’un des successeurs de Hasan-i Sabbah. Nommé chef des nizarites de Syrie, il prit ses quartiers dans diverses forteresses, comme Masyaf, d’où il œuvra à la consolidation de la communauté, poursuivant les attentats contre ses ennemis, mais empruntant aussi la voie de la diplomatie.

Pris en tenaille par les croisés et les principautés sunnites, il dut un temps concéder un tribut aux Templiers et aux Hospitaliers pour mieux résister à Saladin qui, à partir de 1174, entreprit d’établir son hégémonie sur la Syrie. Ses relations avec les croisés, qui le connurent bientôt sous le sobriquet de « Vieux de la montagne », se dégradèrent cependant vers la fin de sa vie. Il parvint à faire assassiner le roi de Jérusalem, Conrad de Montferrat, en 1192.

Très populaire auprès des ismaéliens de Syrie, Sinan mena ses activités pendant une trentaine d’années, en relative autonomie par rapport au pouvoir d’Alamut. Il semble néanmoins n’avoir jamais revendiqué le titre d’Imam, réservé aux successeurs de Hasan-i Sabbah. La forteresse d’Alamut, réputée imprenable, tomba pourtant en 1256 sous les coups des Mongols. Hulagu, frère du khan Möngke, s’en empara sur la route qui le menait à Bagdad, qu’il ravagea deux ans plus tard, mettant fin au califat abbasside. La communauté nizarite s’étiola peu à peu au Moyen-Orient.

C’est dans le sous-continent indien, où des missions avaient été envoyées depuis Alamut, que le nizarisme finit par se réorganiser, dans la communauté des Khojas. Au XIXe siècle, l’imamat fut transféré dans l’Inde britannique, et l’Imam actuel, l’Aga Khan, réside aujourd’hui entre Londres et Paris.

National Geographic

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