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Roppenheim (67) : les gilets jaunes rêvent d’une révolte européenne

05/12

Les manifestants ont installé leur camp au bord de la route, à 500 mètres de la frontière allemande. Ils se disent soutenus par les travailleurs qui, chaque jour, franchissent le pont au-dessus du Rhin pour se rendre au travail. Et rêvent d’un front commun de la contestation au-delà de la frontière. Contre les taxes, les institutions et leurs représentants, et contre l’Europe.

Les pieds dans la boue, au bord de la route départementale qui relie le nord de l’Alsace à l’Allemagne, une quinzaine de manifestants revêtus de gilets jaunes se tiennent à l’abri sous une tente de fortune. Depuis le 17 novembre ils occupent le rond-point de Roppenheim et promettent de ne pas le quitter avant d’avoir obtenu des réponses à leurs revendications.

« On veut la démission de Macron », tonne Francis, un homme d’une cinquantaine d’années, revêtu ce matin d’une tenue de combat kaki. « On en a marre des privilèges de ceux qui nous gouvernent, des taxes qui n’arrêtent pas d’augmenter alors que l’ISF a été supprimé », poursuit celui qui se présente comme « un employé du secteur public ». Erwan, l’un de ses compagnons, se lance dans une diatribe contre l’Europe :

« On a offert notre souveraineté à Bruxelles et ruiné notre économie pour rester tant bien que mal dans la zone Euro. Quittons cette Union européenne qui nous envoie ses travailleurs détachés pour des salaires de misère. Remettons des douaniers à la frontière »…

Situation paradoxale

Dans ce coin de France où le travail frontalier fait vivre directement plus de 60 000 personnes, une telle revendication semble paradoxale. De l’autre côté du Rhin, le Land de Bade-Wurtemberg connaît une situation de quasi-plein emploi avec 3,1 % de chômage en septembre 2018. Les Alsaciens sont bienvenus dans les entreprises allemandes en manque de main-d’œuvre, à condition d’être formés et de maîtriser la langue. Francis Martin, l’un des manifestants à Roppenheim, travaille dans une société d’ingénierie à Karlsruhe pour 2.600 euros mensuels.

« Je participe au mouvement parce que je ne veux pas que mes efforts ne servent qu’à nourrir cet État français qui me taxe toujours plus », répond-il.

Solidarité des chauffeurs espagnols, polonais, allemands

A proximité du camp des gilets jaunes, la circulation est fluide. Des Alsaciens vont et viennent en voiture individuelle, sur le chemin du travail. Des chauffeurs routiers espagnols, polonais et allemands klaxonnent au passage. « Ils ont les mêmes problèmes que nous, ils sont solidaires », conclut Francis.

Samedi dernier, une centaine de manifestants allemands sont venus grossir les rangs des Alsaciens. A pied, ils ont défilé sur la route départementale, bloquant un instant le passage de la frontière aux voitures et aux camions. Sur les réseaux sociaux, ceux de Roppenheim ont fièrement posté des images d’un embryon de contestation bi-nationale.

« La situation sociale en Allemagne n’est pas si belle qu’on le croit. Les Allemands sont en colère. Là-bas aussi, le prix de l’essence augmente. Merkel a réduit le chômage avec ses emplois à 400 euros et les réfugiés exaspèrent la population », énumère Francis.

(…)

La Tribune

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