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Crise et mutation (suite)

Jan
2010

Il y a quelques jours, nous avons publié un extrait d’un livre-dialogue, insolite et inclassable, qui vient de paraître, « Crise et mutation » (Editions Charles Antoni – L’Originel, janvier 2010).

En voici un second passage, dû, cette fois, à Jean-Pierre Crépin, ex-associé du groupe de marketing HighCo, spécialiste de la mutation consommateur citoyen, auteur du blog Nécronomie, sur lequel il chronique la crise après l’avoir annoncée dès 2005.

A mon sens, personne n’a mieux écrit sur la valeur travail que Cioran dans «Sur les cimes du désespoir». Je ne résiste pas au plaisir d’en livrer un court extrait, tant il me semble impossible de vouloir égaler une telle précision.

« Les hommes travaillent généralement trop pour pouvoir encore rester eux-mêmes. Le travail : une malédiction que l’homme a transformée en volupté. Œuvrer de toutes ses forces pour le seul amour du travail, tirer de la joie d’un effort qui ne mène qu’à des accomplissements sans valeur, estimer qu’on ne peut se réaliser autrement que par le labeur incessant — voilà une chose révoltante et incompréhensible. Le travail permanent et soutenu abrutit, banalise et rend impersonnel. Le centre d’intérêt de l’individu se déplace de son milieu subjectif vers une fade objectivité ; l’homme se désintéresse alors de son propre destin, de son évolution intérieure, pour s’attacher à n’importe quoi : l’œuvre véritable, qui devrait être une activité de permanente transfiguration, est devenue un moyen d’extériorisation qui lui fait quitter l’intime de son être. Il est significatif que le travail en soit venu à désigner une activité purement extérieure : aussi l’homme ne s’y réalise-t-il pas — il réalise… »

Il est difficile, dans ces conditions, de trouver d’autre vertu au travail que de permettre de consommer dans les démocraties de Marché. Bref, ceux qui ne travaillent pas s’ennuient, ceux qui travaillent s’ennuient également. Tous parlent du travail comme d’une activité extérieure à eux-mêmes…

Pire encore, le capitalisme ainsi globalisé éclaire d’un coup de projecteur une de ses vérités fondatrices, mais qui constitue une insoutenable révélation pour les hommes ; à savoir : l’entreprise est faite pour créer des richesses, pas des emplois. Les salariés ne sont qu’une variable d’ajustement. Un mal encore nécessaire, dans un monde ou le travail salarial est amené à disparaître.

Bizarrement, l’économie continue de prélever des taxes sur un travail qui nourrit de moins en moins le travailleur, qui vient également d’apprendre avec la crise financière qu’il devait sauver, avec ses impôts, un monde financier autiste, qui n’a eu de cesse de vouloir se débarrasser de lui pour se consacrer à la gestion de produits financiers totalement déconnectés de l’économie réelle.

Par conséquent, la prise de conscience va être violente… Il est à parier que d’ici quelques mois, devant l’impuissance des gouvernements à rétablir l’économie réelle, le terme « privilégié » changera de sens et ne désignera plus uniquement les riches et les fonctionnaires, mais tous les travailleurs et les chômeurs dont les salaires, retraites et allocations grèvent la rentabilité de l’Etat et des entreprises.

Dans un monde financier où la croissance économique signifie seulement la croissance du capital et où les délocalisations démontrent que sa gestion rationnelle justifie les pertes d’emplois, le succès d’une économie ne tient qu’a la mise en place d’une flexi-sécurité et du bon vouloir des salariés à y adhérer.

Il ne s’agit plus de posséder mais de survivre…

Appauvrissez-vous, pour que survivent ceux qui mettent leur salut dans l’argent, clame le Marché.

Il n’est pas nécessaire d’avoir d’autres argument vis-à-vis des populations. La résignation les porte à contempler, sans réagir et sans s’indigner, le siphonnage de leur patrimoine. Après tout, ils en ont bien profité, ils ont même hypothéqué l’avenir de leurs enfants en les endettant dés la naissance (20.000 euros par enfant en France, solidarité avec le déficit oblige).

Et puis, cela fait belle lurette que l’économie a asphyxié la radicalité qui existait chez les hommes et qui ne s’illustre guère plus que dans nos banlieues, où l’envie de consommer se marie volontiers à la violence.

La dette et le crédit : on peut jouer avec, mais pas s’y suspendre (règle nécronomique). C’est ce qu’on fait les sociétés occidentales les plus avancées. C’est la raison du Krach Mondial et de la Très Grande Dépression qui va suivre.

Nous allons donc sortir d’une économie de désir, où le consommateur n’a pas conscience d’être un pantin manipulée par des marques, pour glisser vers une économie sans désir, Très Grande Dépression oblige.

La séquence « consommer jusqu’à se consumer » vient donc de se boucler.

Au Royaume-Uni, d’ici 2010, deux millions de Britanniques disposeront d’emprunts, contractés lors de l’achat de leur bien immobilier, supérieurs au prix de cession. Aux USA, ils devraient être vingt millions en 2009. En Espagne, impossible à dire, tant le chiffre est monstrueux… Et bientôt, idem dans le reste du monde.

Pour tous, c’est la catastrophe car, même si, par miracle, ils arrivent à vendre leur maison, ils devront toute leur vie payer des sommes astronomiques à des banques qui ne les laisseront jamais souffler.

La plupart des victimes, pays par pays, sont des jeunes couples, pressés de s’installer et qui ont acheté au plus haut, pensant naïvement que les arbres montaient jusqu’au ciel et que l’immobilier était un moyen imparable pour s’enrichir. La course s’arrête avec eux.

Ils constituent, par leur âge et leur dette, la main-d’œuvre flexible rêvée dont ont besoin les démocraties de Marché, dirigées par des financiers qui, déjà, réfléchissent à l’après-pétrole. Ils constituent le nouveau sous-prolétariat des services à la personne, dans des démocraties vieillissantes.

Quand aux Bobos qui seront, depuis lors, divorcés, conséquence du précepte Nécronomiste intitulé « La règle des 3 D » (Dépôt de bilan, Divorce, Dépression), ils seront rebaptisés « Gogos ».

Si on ne peut pas motiver les gens en augmentant les salaires, il faut les motiver en leur faisant payer leurs dettes… Salut, les nouveaux esclaves…

Que nous aura laissé cette époque mémorable où la consommation des démocraties de Marché se sera heurtée de plein fouet à la religion des républiques islamistes et au terrorisme ?

D’immenses interrogations comme : le port du string fait-il partie des droits de l’homme ? J’exagère à peine…

En quoi le port du string libère-t-il la femme, par rapport au port de la Burka ? Sur la tête ou sur le sexe, ces morceaux de tissus ne sont-ils pas que l’expression d’une domination masculine, visant à réduire la femme à un statut d’objet sexuel ? Combien de femmes se font-elles incendier par leurs conjoints, parce qu’elles ne sont pas assez sexy et parce qu’elles ne portent pas des sous-vêtements marketés par les hommes… ?

La modernité machiste, où les plus grands publicitaires se servent encore du corps de la femme pour vendre tous les produits de l’hyper-consommation, y compris les voitures, vaut-elle réellement mieux que la féodalité religieuse ?

Consommation et religion se marieront-elles pour donner naissance au Burking (string sous la Burka)… ?

A une époque où le gouvernement va mettre en place un plan de prévention des addictions, il en est pourtant une qui ne risque pas d’être prise en charge, c’est celle du désir immodéré de consommer sur lequel reposent nos économies depuis très longtemps…

Ainsi donc : 20 % des Allemandes confessent avoir envie d’acheter tout le temps, le pourcentage s’élève à 40 % chez les Américaines. Plus fort encore, 52 % des Anglaises affirment que faire du shopping est une activité beaucoup plus excitante et agréable que le sexe.

Paradoxe suprême de cette époque, où les plus grands publicitaires ont mis le corps des femmes à toutes les sauces pour faire vendre des produits de grande consommation, le résultat aura été que la frustration sexuelle n’aura jamais été aussi grande… pour les hommes.

Le Marketing crée le désir, la consommation le tue…

Ainsi fonctionnent les démocraties de Marché, qui ne savent que fabriquer des besoins artificiels sans satisfaire les essentiels ; bref, de l’inutile lucratif.

Chaque citoyen consommateur prend désormais conscience que son balcon donne sur une abîme.

Tous attendent qu’un éclair zèbre le ciel et crée une brèche de l’espoir où s’engouffrer.

L’indicateur du monde meilleur a été élu, il s’appelle Obama. Sauveur élu par les géants de l’après-pétrole, porteur de la promesse du monde meilleur, de la bulle verte de la consommation durable, promesse d’un monde meilleur pour nos enfants et surtout dans la réalité, unique moyen de revendre tout à tout le monde… et de sortir le monde de la Très Grande Dépression.

Un sauveur black, ça rappelle des souvenirs…

(29 janvier 2009)

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Source : « Crise et mutation », Editions Charles Antoni – L’Originel, janvier 2010

Texte reproduit avec l’autorisation de l’auteur et de l’éditeur. Copyright Editions Charles Antoni – L’Originel. Tous droits réservés.

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