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L’antiracisme doit-il craindre la notion de race ? (Màj)

12/11

Wiktor Stoczkowski est chercheur au laboratoire d’anthropologie sociale du Collège de France et directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS). Il présente, au cours de cette conférence donnée le 09 octobre dernier à la Maison des Sciences de l’Homme (MSH) de Grenoble, les résultats de ces différentes recherches, afin d’analyser leurs conséquences sociales, politiques et morales.

L’antiracisme moderne naquit après la défaite du nazisme, sous les auspices des organisations internationales nouvellement créées. Pour lutter contre le racisme, ces organisations ont décidé d’éradiquer la notion de races humaines. Jusqu’au début des années 2000, la science apportait un soutien unanime à cette idée. En effet, la génétique des populations alors en vogue semblait démontrer que les races humaines n’existent pas. La situation a changé au début du XXIe siècle, avec l’invention de nouvelles méthodes d’exploration du génome humain.


Transcription d’une partie des propos du conférencier (merci à Cicéron):

Introduction de Wiktor Stoczkowski

[6:45] Je voudrais commencer par une généralité. Chaque société cultive des convictions qui fondent son identité, son ethos; une société équilibrée prône des idées qui sont à la fois cohérentes entre elles et solidement reliées à la réalité. Par contre une société fragile, bouleversée, déroutée, exalte des idées contradictoires, souvent déconnectées du réel. L’une des convictions fondatrices de nos sociétés dites occidentales de nos jours, est que les races humaines n’existent pas. Et nous pensons que toute personne qui affirme le contraire se trompe et sort du droit chemin de la morale.

L’idée des races humaines étaient communément admise jusqu’au milieu du XXe. Puis survinrent le Nazisme et la Shoah qui imposèrent aux Européens de faire le procès de leur héritage intellectuel.

Chronologie politique:

• (1945) L’Unesco dans sa constitution postule que ces crimes sont dus à la doctrine sur l’inégalité des races: Pour ne plus voir de nouveaux Auschwitz il faut faire disparaître la doctrine des races.

• (1950) Déclaration de l’Unesco sur l’unicité de l’espèce humaine, basée sur la théorie synthétique de l’évolution (années 1930).
Avec la même ardeur que l’on étudiait les différences entre races, on s’est mis à étudier les similitudes; l’étude des races ne fut plus un mauvais objet, mais un objet inexistant; les recherches devinrent suspectes, quant à leur fins et aux risques. Révolution conceptuelle, pour faire disparaître le racisme on a cherché à faire disparaître la notion de race. Succès éclatant, plus personne ne peut parler de race sans être brocardé.

• (2018) France: abandon du mot race de la constitution, justifié par la science.

Mais parallèlement, la science suivait son cours.

[13’50] La notice d’un médicament contre le cholestérol (Statine) en déconseille la prise aux ressortissants japonais, coréens, chinois, etc. Comment comprendre cette recommandation, est-il concevable qu’un médicament agisse différent selon la citoyenneté du malade? Cette notice suggère des propriétés biologiques particulières pour ce que la recherche anthropologique du XIXe siècle appelait la race jaune, et donc que cette race jaune n’est pas dépourvue d’une réalité biologique.

[15’45] Juin 2005, le ministère de la santé américain a approuvé la commercialisation du médicament contre les insuffisances cardiaques (BiDil) destinés aux afro-américains. Événement médiatique, premier médicament réservé à une race, la race noire, car inopérant sur les autres.

Ces constats médicaux sont accompagnés de recherches foisonnantes sur la génétique.

[17’30] Au milieu du XXe siècle on espérait que la génétique démontrerait l’inexistence des races humaines, invalidant toute possibilité de rabattre les différences de culture sur les différences de nature pour justifier les inégalités. L’exploration du génome humaine devait porter le coup de grâce au concept de race.

En 2000, la publication d’une première cartographie du génome humain on répétait que «la notion de race n’a aucun fondement génétique ni scientifique.»

En 2018, les avis sont beaucoup moins unanime.

Si la diversité entre individu de l’espèce humaine est moindre que dans la plupart [donc pas toute!!!] des espèces animales, [19’15] plusieurs études tendent à démontrer que la génétique permet bel et bien de distinguer les individus selon les trois grandes races traditionnelles blanche, noire et jaune.

[Diagrame à 19’45.] distinction très nette.

Ces travaux dérangent et inquiètent: on s’attendait à ce que la génétique rende illégitime toute classification biologique des humains, or c’est le contraire qui se produit.

Une partie de la diversité entre les hommes s’explique par la génétique.

L’inquiétude ne doit pas empêcher les recherches:

• le contexte n’est plus le même, il n’y a pas de menace nazie.
• la race n’est plus vécue comme un stigmate pour les minorités mais comme une fierté (popularité des tests génétiques chez les afro-américains)

[25’30] La causalité sociale [le constat des inégalités fondées sur le niveau social] n’exclut pas la causalité raciale.
[25’40] La racialisation de la génétique est désormais défendue par les minorités [les races donc] traditionnellement dominée. Les recherches sur

le BiDil était soutenue par l’Association des Cardiologues Noirs. Des universitaires noirs ont lancé des programmes d’explorations génétiques centrés uniquement sur les Noirs. L’argument: l’efficacité des médicaments testés majoritairement sur des Blancs n’est certifiée que pour les Blancs. Le refus idéologique des antiracistes de tenir compte des races, loin de servir la cause de l’égalité, engendre une inégalité supplémentaire: contradiction entre les intentions et les résultats.

[29’00] En France on constate l’apparition de pratique d’exclusion: Comité représentatif des associations noires, Indigènes de la République, avec des manifestations interdites aux Blancs. [29’45] Par ailleurs les actes de violence anti-Blancs se multiplient. Première condamnation en 2003, photo d’un tag anti-Blanc à l’université, extrait du rap appelant à tuer les bébés blancs.

Nous entrons dans l’époque du Racisme pour Tous (et contre tous)

Le retrait de mot race de la constitution, pour éradiquer le racisme, est un combat d’arrière garde. Ils se trompent

• car l’histoire du demi-siècle écoulé le prouve;
• en affirmant que la science a définitivement abandonné les classifications biologiques des humains.

L’argumentaire de l’antiracisme n’est plus adapté, il faut le repenser

Si les avancées scientifiques récentes choquent, c’est qu’elles semblent offenser le principe d’égalité.

Or la croyance antiraciste qui veut que la morale cherche sa légitimité dans la science est périmée. En s’appuyant sur la science, l’antiracisme n’a finalement fait que du nazisme inversé. C’est une erreur, il faut séparer morale et science, il ne faut calquer l’ordre des valeurs à l’ordre des faits. Considérer son prochain comme son égal, différent ou similaire, n’a pas besoin de l’aval de la science.

Baser l’égalité morale des races sur l’inexistence scientifique des races, c’est courir le risque que cette même science science prouve finalement l’existence des races et donc leur inégalité morale. Laisser la science fonder la morale, c’est lui laisser aussi le pouvoir de la détruire.


Les travaux actuels de Wiktor Stoczkowski portent sur l’analyse ethnologique des conceptions auxquelles notre propre culture accorde le statut de savoirs : cette vaste catégorie englobe non seulement les connaissances scientifiques, mais aussi les conceptions que l’on croit, à tort, scientifiques, ou celles – dites alternatives – que l’on oppose parfois au savoir scientifique. Stoczkowski étudie aujourd’hui les idées auxquelles nous croyons si fermement que nous ne les percevons même pas comme des croyances, portés que nous sommes à les prendre plutôt pour des savoirs.

Il s’emploie à montrer que ces idées se combinent pour former des constructions conceptuelles plus complexes, qui aboutissent à de véritables visions du monde, dont l’adoption, ou le rejet, par divers groupes sociaux correspond à des écarts différentiels dans les modes de penser et d’agir, relevant ainsi de la diversité culturelle qui divise, de l’intérieur, nos sociétés.

Ehess

Merci à Julianus

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