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Comment une start-up financée par la CIA s’est imposée au cœur des services de renseignement français

23/09

 

Le big data constitue aujourd’hui « le pétrole » des services de renseignements. Depuis 2016, une société américaine liée à la CIA, Palantir, travaille pour le renseignement intérieur français, la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). Existe-t-il un risque de fuite de données ? Enquête sur l’une des start-up les plus puissantes du monde.

Le mai 23 mai 2018, une cinquantaine de patrons de géants du numérique sont invités par le chef de l’État, Emmanuel Macron, lors d’une réunion baptisée Tech for Good. Parmi eux, figure Alexander Karp, le PDG de Palantir.

Il a fondé sa start-up en 2004, et elle reste peu connue du grand public. L’entreprise d’Alexandre Karp est pourtant devenue l’un des leaders mondiaux du traitement massif de données. Grâce à des algorithmes, Palantir fait se croiser et analyse des milliers de données différentes. « La promesse de Palantir, c’est de rendre visible ce qui est invisible à l’œil nu, en moulinant des données et en leur donnant du sens, explique Olivier Tesquet, journaliste et spécialiste du numérique à Téléréma. Par exemple, ils vont deviner les zones de famine en étudiant l’évolution du prix du pain ou permettre à des entreprises de détecter des menaces internes en identifiant les fichiers partagés sur les ordinateurs. »

(…) Palantir est également proche de la CIA. L’entreprise a été financée en partie par le fonds In-Q-Tel, lié au service de renseignements américain. « C’est la CIA qui a financé le développement de leur projet, dans toutes ses facettes, explique l’ancien directeur du renseignement à la DGSE Alain Juillet. Comme tous les services de renseignement du monde, l’agence américaine avait besoin d’avoir le maximum d’informations dans un minimum de temps. Les méthodes de Palantir ont semblé tellement intéressantes que la CIA a dit : ‘Banco, on paye, vous y allez’. Palantir a réussi à créer un outil unique au monde. »

Sans que l’on sache vraiment s’il s’agit d’une légende, Palantir laisse dire qu’elle aurait permis à l’administration américaine de localiser Oussama Ben Laden. « Nous n’avons pas d’informations à dévoiler sur cette opération, écrit Peter Thiel dans son livre, mais nous pouvons affirmer qu’à eux seuls, ni l’intelligence humaine ni les ordinateurs ne seront en mesure d’assurer notre sécurité. » Contrairement à la plupart des patrons de la Silicon Valley, Peter Thiel est un proche de l’administration Trump, ainsi que le notait Le Figaro en novembre 2016.

Peter Thiel est devenu le conseiller numérique de l’actuel président américain. « Dans l’Amérique de Trump qui développe une défiance quasi-pathologique vis-à-vis des services de renseignement, Peter Thiel conseille à Trump de ne plus se fier à des services secrets qui ne seraient pas loyaux, commente le journaliste Olivier Tesquet. Comme si Palantir devenait une espèce de circuit bis du renseignement. »

(…) Finalement, la société Palantir ne sera pas retenue sur ces marchés publics. Mais en mai 2016, la start-up de Peter Thiel et Alex Karp décroche un contrat de 10 millions d’euros auprès de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). « Nous étions après les attentats de 2015, rappelle Guillaume Farde de la société Risk and Co. Dans un contexte de menace extrêmement élevée, nos services avaient besoin, dans l’urgence, de capacités techniques de renseignement. Mais il n’y avait pas d’opérateur national capable de répondre à cette demande. Les services de renseignement n’avaient pas le choix. »

En réalité, la DGSI a eu le choix entre un fournisseur américain et un israélien. C’est l’option américaine qui l’a emporté. « Nous ne manquons pas de données, ni de métadonnées, mais nous manquons de systèmes pour les analyser, déclare le patron de la DGSI, Patrick Calvar, devant la Commission de la défense de l’Assemblée nationale, le 10 mai 2016. Les entreprises françaises qui développent des systèmes ne sont pas encore capables de répondre à nos besoins, alors que nous devons acquérir ce big data immédiatement. Nos camarades européens sont dans la même situation. » À l’époque, le directeur de la DGSI parle de solution temporaire.

(Merci au Tocsin)

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