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Yascha Mounk : “Il faut se battre pour domestiquer le nationalisme”

23/09

Auteur d’un best-seller analysant la montée des populismes, « Le Peuple contre le démocratie » , Yascha Mounk redoute la mort des démocraties libérales en Occident. Analysant comment le libéralisme politique et les valeurs démocratiques en sont venues à s’opposer, il propose une solution : le “patriotisme inclusif”.

Pour Yascha Mounk l’avenir de la démocratie n’est plus garantie. Prenant compte de l’écart de plus en plus grand qui sépare le peuple et les élites, l’universitaire parle même de «déconsolidation démocratique». Juif polonais éduqué en Allemagne, devenu citoyen américain en 2017, Yascha Mounk en est convaincu : «Nous conservons le pouvoir de mettre en place un futur meilleur. Cependant, au contraire d’il y a quinze ou vingt ans, nous ne pouvons plus prendre ce futur pour acquis. » […]

Que représente la création de « Aufstehen » [« Debout »], le nouveau parti de la député allemande Sahra Wagenknecht ?

Aufstehen constitue la création d’un parti populiste. Ce qui relie les populistes, de gauche comme de droite, est la thèse selon laquelle eux, et eux seulement, sont les représentants du peuple. Et quiconque ne rentre pas dans leur idée du « peuple » n’est pas légitime, si bien que leurs droits n’ont plus à être respectés. Sahra Wagenknecht identifie un double ennemi : ce sont les entreprises et l’économie capitaliste, d’une part ; les migrants, de l’autre. Elle s’inscrit dans une tradition de la gauche xénophobe, qui a existé à différentes périodes, en Occident, notamment dans les anciens pays de l’Union soviétique. Sahra Wagenknecht veut servir les émotions xénophobes et elle exploite la rage populaire pour faire jouer les « vrais Allemands » contre les immigrés. […]

Quelles seraient les causes de la défiance vis-à-vis de la démocratie occidentale et de la montée des populismes ?

C’est un phénomène de longue durée qui a débuté dans les années 1990. […]

La première, c’est la stagnation des standards de vie. La période exceptionnelle de stabilité des démocraties libérales était aussi une période de croissance économique inédite dans l’histoire du monde. […]

Deuxièmement, dans la période après guerre, la plupart des pays démocratiques avaient une conception monoculturelle d’eux-mêmes. Si on avait demandé à un Allemand moyen dans les années 1970 ce qu’est un « vrai Allemand », il aurait sans doute dressé le portrait d’un blond, chrétien, qui a des racines familiales dans cette partie du monde. Après une cinquantaine d’années de fortes migrations, la réalité de la société a beaucoup changé. Les peuples européens ont commencé à penser à leur pays de manière multiethnique. On accepte qu’il puisse y avoir des concitoyens nés dans d’autres parties du monde. Mais beaucoup ont aussi peur de perdre un privilège de statut. Il n’y a pas de précédent pour cette transformation dans l’histoire des démocraties libérales. […]

Enfin, il faut prendre en compte l’essor d’Internet et des ressources sociales. Autrefois, la structure de communication était assez centralisée. […]L’avantage des élites n’existe plus, ce qui favorise les forces du changement par rapport aux forces de la continuité, mais aussi les positions extrêmes plutôt que les positions modérées. […]

Que signifie dompter le nationalisme ?

Se battre pour un nationalisme inclusif, c’est-à-dire réaliser que le nationalisme peut avoir une force génératrice et susciter la solidarité entre des personnes dissemblables. Il se distingue des courants de la gauche xénophobe et de la droite nationaliste sur au moins deux points. D’abord, la nationalisme inclusif affirme que tous ceux qui vivent de manière continuelle sur le territoire doivent être inclus dans cette nation, donc même ceux qui n’ont pas leurs « racines » sur le territoire. Ensuite, il montre qu’on peut se battre pour les intérêts de sa propre nation et en même temps respecter les intérêts des autres, en trouvant un bénéfice commun pour mon pays et pour les autres. […]

philomag

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