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Pourquoi Bernanke n'est pas pressé d'augmenter les taux

Jan
2010

Battant en brèche l’idée répandue selon laquelle la politique monétaire laxiste de Greenspan serait responsable de la bulle immobilière, Bernanke a affirmé dimanche que l’instrument des taux directeurs ne devait être utilisé qu’en second ressort. Explications.

Evolution des taux directeurs de la BCE et de la FED, de 1999 à 2009 (le taux de la FED est en bleu foncé) - Cliquez sur le graphique pour l'agrandir

(…) les marchés financiers américains guettent le moment où la Réserve fédérale relèvera ses taux directeurs, actuellement à leur plus bas niveau historique, entre 0 et 0,25%.

Dans un discours prononcé dimanche devant l’American Economic Association à Atlanta, Ben Bernanke a mis l’accent sur la nécessité de renforcer la régulation financière, laissant entendre qu’il y aurait peu de changements à court terme dans la politique monétaire de la banque centrale. Voici pourquoi :

Les taux bas ne sont pas responsables de la bulle immobilière qui a éclaté en 2008. La Fed est souvent accusée d’avoir alimenté la bulle immobilière avec des taux d’intérêt extrêmement bas ayant encouragé les ménages à s’endetter, parfois bien au-delà de leurs moyens financiers.

De fait, après l’éclatement de la bulle internet et les attentats du 11 septembre, le président de la Fed, Alan Greenspan, a largement baissé les taux afin de relancer l’économie. Cela a contribué à inonder le marché de liquidités qui sont venues alimenter la bulle immobilière.

Mais pour Bernanke, non seulement la réduction des taux était nécessaire, mais surtout, elle n’était pas responsable de la bulle, puisque le problème résidait en fait dans le manque de régulation : alors que les établissements financiers prenaient de gros risques en accordant des contrats hypothécaires « non conventionnels » à des clients qui n’avaient pas les moyens de les rembourser, les autorités ont été trop lentes pour identifier et encadrer ces risques.

L’argument ne convainc pas tous les économistes. David Beckworth suggère notamment que c’est justement cet excès de liquidités, combiné à la faible rémunération du dollar, qui a incité les investisseurs à chercher des produits financiers à rendements plus intéressants, comme ces titres hypothécaires « exotiques ».

La politique monétaire est un instrument « brutal » pour l’économie. C’est le vice-président de la Fed, Donald Kohn, qui insiste sur ce point.

En effet, augmenter les taux d’intérêt, pour lutter contre la formation d’une bulle spéculative dans un secteur spécifique, pénalise l’ensemble de l’économie. Ce genre de « dommage collatéral » est d’autant plus hasardeux que la reprise américaine est encore fragile : chômage élevé (10%), croissance modeste des revenus et chute du patrimoine immobilier pèsent lourdement sur la consommation des ménages, moteur principal de la croissance américaine.

Pas de risque d’inflation. Un des deux objectifs de la Fed est la stabilité des prix.

Or, la faible progression des salaires ainsi que les conditions difficiles sur le marché immobilier écartent pour le moment tout danger inflationniste. Ainsi, « hormis les fluctuations des prix de l’énergie et alimentaires, la tendance de fond reste clairement baissière », selon une note du Crédit Agricole.

Le dollar faible est un atout.

Ben Bernanke ne l’admettra pas officiellement, mais les avantages du dollar faible n’échappent pas au gouvernement.

D’abord, la dépréciation du billet vert rend les produits américains plus compétitifs et donne un coup de pouce aux exportations. Le déficit commercial s’en trouve ainsi réduit. Par ailleurs, le dollar faible amoindrit aussi le coût des salaires américains, ce qui permet en théorie de rapatrier des postes aux Etats-Unis, et donc de lutter contre le chômage.

L’Expansion

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